‹ Histoire de la Terreur 17921794. T. quatrièmeChapitre 48 sur 236 · LIVRE XV · texte numérisé non relu

LIVRE XV

trant un but constant, certain, saisissable, ils lui donneront l'exemple de la discipline. Or, c'est ce que ne sut jamais le parti girondin. Composé d'individualités brillantes , maïs, par cela même, jalouses de leur initiative et de leur indépendance , il n'en était que plus exposé aux divisions intérieures. Ses principaux membres avaient en outre ces hésitations, ces incertitudes, cette répugnance pour les moyens extrêmes, enfin toutes ces généreuses faiblesses qui ne permettent pas aux natures d'élite de diriger longtemps un mouvement révolutionnaire. Leurs motions se croisaient, s'entre-choquaient , se contredisaient l'une l'antre. Sans force de cohésion, sans esprit de suite, ces ardents polémistes, ces brillants orateurs avaient tout ce qu'il faut pour vaincre, mais ils ne savaient pas profiter de leur victoire.

Tout autres étaient leurs adversaires. La Montagne, au début de la session conventionnelle, ne comptait peutêtre pas cinquante membres qui, suivant l'expression de Collot d'Herbois, adoptassent pour credo politique le manifeste des septembriseurs; mais tous les adeptes de cette monstrueuse doctrine étaient liés par la plus étroite solidarité, celle du crime. Ils savaient que la ténacité et la violence tiennent Heu du nombre et des talents. Ne se lassant, ne se rebutant jamais, ils revenaient sans cesse à la charge, redemandaient le lendemain le rapport des décrets volés la veille à des majorités considérables. Ils n'avaient qu'un but: perpétuer l'état d'anarchie dans lequel était plongée la France, parce que cette anarchie pouvait seule leur permettre d'assouvir à leur aise leurs vengeances et leur cupidité.

Source gallica.bnf.fr / Bibliothèque nationale de France

Entre la Montagne et la Gironde se trouvait la masse immense des conventionnels qui étaient arrivés des déparlements sans parti pris, sans autre dessein nettement formulé que de défendre le territoire contre l'invasion étrangère et la liberté contre l'anarchie. Cette masse ne demandait pas mieux que de suivre les inspirations de ceux que les journaux leur avaient depuis un an appris à considérer comme les plus fermes appuis de la Révolution; elle se défiait de Robespierre et méprisait Marat; Danton lui aurait plu par son énergie, son courage, par ses élans généreux et patriotiques ; mais elle voyait sur ses mains la trace du sang de Septembre. Pélion lui avait, de loin, été représenté comme le modèle de la sagesse et de la vertu; mais, en le voyant de près, elle n'avait pas tardé à mesurer à sa juste "valeur cet homme si corn plaisamment surfait. Vergniaud l'aurait subjuguée , entraînée, si elle avait pu compter sur la persistance de ses desseins comme sur l'éloquence de sa parole; si elle n'avait pas vu le brillant orateur, après avoir rempli de sa voix puissante les échos de la salle du Manège, retomber dans ses rêveries et dans sa nonchalance habituelle.

Plusieurs des députés qui , à la Constituante ou à la Législative, s'étaient acquis un certain renom , Lacroix , Barrère, Rewbell, Cambon, bien d'autres encore, flottaient incertains entre les deux partis, ne sachant de quel côté pencher. Nous les avons déjà entendus, nous les entendrons encore proposer ou soutenir des mesures très-peu en harmonie avec les opinions u 1 Ira-ré vol utionnaires qu'ils professèrent plus tard. Leurs sympathies les

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