LIVRE XV
portaient vers la Gironde, mais l'absence de direction et de logique qui se manifestera de plus en plus dans la conduite de ce parti les en éloignera peu à peu, et les forcera de se jeter dans les bras de la Montagne.
Si dans les huit premiers jours de la réunion de la Convention les Girondins, complètement maîtres de la situation, avaient, avec le concours de leurs amis du pouvoir exécutif, Servan, Clavière, Roland, proposé une série de mesures pour abattre le pouvoir de la Commune, . punir les auteurs des massacres de septembre, et rétablir dans toutes les branches de l'administration publique l'ordre et la régularité si violemment bouleversés par les commissaires parisiens; si surtout, après avoir fait adopter ces mesures, ils en avaient poursuivi la prompte et énergique exécution, une grande partie des effroyables calamités dont la France eut si longtemps à gémir auraient vraisemblablement été conjurées. Le crime était patent; le sol des prisons était encore imprégné du sang des victimes, les dilapidations étaient avérées, les preuves contre les principaux coupables pouvaient être facilement rassemblées. I! eût fallu envoyer tous ces scélérats à la haute cour d'Orléans, qui probablement en aurait fait prompte et bonne justice ; mais il eût fallu vouloir, et vouloir avec logique, avec persévérance. Il eût fallu que la vigueur de l'exécution répondit à la véhémence des paroles; il eût fallu faire moins de frais d'éloquence, et ne pas se contenter de ces triomphes de tribune, qui ne font le plus souvent qu'irriter les ressentiments et éveiller les jalousies.
HISTOIRE DE LA TER. Il EUR.
vin.
La politique de la Commune, dans la situation que îui avaient faite les premières discussions de la Convention , était toute tracée : céder devant l'orage, louvoyer, gagner du temps, et, s'il le fallait, jeter par- dessus .bord ceux, de ses membres qui avaient contribué le plus à soulever la tempête. Le soir même du jour où Marat avait joué sa ridicule comédie du pistolet, elle en voie à la barre de la- Convention une dépulation.
« Vous voyez devant vous, dit l'orateur, les délégués du conseil général de la Commune provisoire de Paris. Ils viennent en hommeslibres dire la vérité à des hommes libres. Nous avons, il est vrai, envoyé des commissaires dans différentes municipalités de la République française. Mais de quelle mission les avions-nous chargés? C'était de propager cette union fraternelle dont nous avions besoin pour repousser l'ennemi. Voilà les instructions qu'ils étaient chargés de répandre. S'ils ont dépassé leurs pouvoirs, c'est à vous à les en punir. Nous vous dénonçons nous-mêmes le comité de surveillance de la ville. Le comité a beaucoup agi à l'insu du conseil général en paraissant agir en son nom. Nous avons révoqué une partie des membres, nous vous abandonnons le reste. »
N'étant plus défendus par la Commune, les membres du comité de surveillance étaient dans la nécessité de se défendre eux-mêmes. C'est au nom du salut public que, le 27, deux des membres de ce comité viennent deman-