LIVRE XV
prenne la place de l'anarchie, du despotisme et de la licence? Parlez, législateurs, et bientôt les nouveaux tyrans ne souilleront plus le sol de la liberté; la section des Quinze-Vingts vous offre à cet effet son courage et ses forces. »
De nombreux applaudissements accueillent la lecture de cette adresse; le girondin Valazé demande qu'un décret contraigne la municipalité de Paris à rendre compte de l'exécution de la loi.
Léonard Bourdon , ex-membre de la commune insurrectionnelle, essaye de défendre ses amis. II déclare que, sî le conseil général n'a pas exécuté la loi qui ordonne son renouvellement immédiat, c'est qu'elle avait auparavant à exécuter une autre loi, celle qui concerne la distribution des cartes civiques. « Il fallait, dit-il, que cette opération, qui a traîné en longueur, fût achevée avant la nomination du nouveau corps municipal. »
— « On veut nous amuser avec des cartes! s'écrie Barbaroux ; il est temps que l'autorité municipale s'abaisse devant l'autorité nationale! » Bazire, ancien membre du comité de surveillance de la Législative, et qui, par sa position spéciale, avait été fort au courant de tout ce qui s'était passé au comité qui portait le même nom à la mairie, Bazire fait observer que la commune de Paris a entre les mains pour plus de douze millions de bijoux, d'objets d'or et d'argent, d'assignats, d'effets de toutes sortes provenant des maisons royales, des saisies opérées chez les suspects. « Il faut, dit-il, que les officiers municipaux soient tenus de rendre leurs comptes avant leur remplacement ; d'ailleurs, il est impossible de ne pas con-
sidérer comme solidaires le conseil général de la Commune et son comité de surveillance.
Tallien cherche à soutenir ses anciens collègues, et à expliquer les retards calculés que la Commune apporte ii son renouvellement. « L'organisation actuelle est vicieuse, le conseil général se propose de vous demander de la modifier en l'adaptant au régime de la liberté républicaine; il désirerait notamment que les élections se fissent désormais à haute voix1 ; il a néanmoins convoqué les sections pour le 9 du mois prochain. » L'indication de cette date soulevant des murmures, Tallien veut bien reconnaître que le terme est un peu reculé; mais le ministre de l'intérieur, dit-il, peut prendre des mesures pour hâter l'exécution du décret.
— « La Commune se moque des ordres du ministre,» crie-t-on à droite.
Tallien, sans répondre à l'interruption, insiste sur la nécessité où se trouve la Commune, avant de se dissoudre, de faire rendre leurs comptes à chacun de ses membres. « Il faut, dit-il, que la municipalité ait rassemblé tous les comptes particuliers, et qu'elle les ait apurés, pour vous présenter un compte général. Les miens sont apurés depuis trois jours-, mais je crois que plusieurs autres membres qui siègent dans cette Assem-
•I. D.ins la séance du 27 septembre, une députation du conseil gé- ■néral <le la Commune ciait venue demander que, par dérogation à la loi de 1700, l'élection du maire se fit non plus au scrutin secret, mais à haute voix. L'Assemblée, sur les observations de Thuriot cl de liewboll, avait passé à l'ordre du juur. [Joiir/inl <tes Débats et Décrets, n" 9, p. 137.)
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