LIVRE XV
Le 1er octobre, le jour même où Roland devait faire connaître la manière dont la Commune exécutait les ordres réitérés du pouvoir exécutif et de l'Assemblée nationale, une dépulation du comité de surveillance demande à être admise à la barre pour un objet qui ne souffre aucun délai. La Convention décrète qu'elle sera entendue sur-le-champ. L'orateur s'exprime ainsi : « Les membres du comité de surveillance sont venus, il y a cinq jours, contracter vis-à-vis de vous l'engagement de démasquer les traîtres; ils viennent aujourd'hui le remplir et se présentent devant leurs juges. Comme on pourrait soustraire de nos bureaux les pièces qui attestent les complots des traîtres avec la cour, nous vous apportons quelques pièces prises au hasard dans les cartons. Voici deux lettres : l'une, datée de Hambourg, démontre que la cour faisait des accaparements de sucre et de café; l'autre, adressée par Laporte à Septeuil, et datée du 3 février 1792, apprend combien les décrets de l'Assemblée nationale coûtaient à la liste civile... »
L'accusation était catégorique. Aussi une vive agitation s'empare-t-elle de la Convention; on demande qu'à l'instant même l'orateur produise la liste des députés qu'il prétend s'être ainsi vendus :
« Nous ne sommes pas en état de le faire immédiatement, » répondent les délégués du comité maraliste...
— « Il nous faut la liste! » crie-t-on de toutes parts.
— « Mais, continuent les délégués, nous avons pris les précautions nécessaires pour que les prévenus ne puissent échapper à l'empire de la loi. »>
— « Ne précipitons rien, dit Kersaint. Lorsqu'une dénonciation qui porte un caractère aussi terrible éclate dans une assemblée, il faut se garder d'une détermination irréfléchie. Je demande que votre comité de sûreté générale vérifie à l'instant même les faits que l'on vient de signaler sans les prouver. »
Un autre député ajoute : « Puisque le comité de surveillance a pris des précautions pour s'assurer de la personne des coupables, il doit savoir leurs noms et être en état de les donner. »
— « Nous ne nous refusons pas, réplique l'orateur du comité, à donner les lumières qu'on nous demande; mais (et c'était là le but des habiles metteurs en scène de toute cette comédie) pour que la liste soit formée, il est indispensable que les scellés qui ont été apposés sur nos papiers soient levés immédiatement. »
— « Comment! s'écrie Rewbell, leurs papiers sont sous les scellés, et ils viennent faire une accusation semblable sans preuves, sans avoir la liste de ceux qu'ils dénoncent. Ils sont bien coupables ceux qui agissent ainsi. »
Tallien, Chabot, Merlin (de Thionville) veulent défendre le comité de surveillance; ils osent prétendre que, par la conduite qu'il vient de tenir, il a bien mérité de la patrie.
Lacroix propose que l'on apporte tous les papiers du comité de surveillance, et que la Convention les examine elle-même.
« Si on nous prend nos papiers, si on les transporte ici, nous n'en répondons plus, objecte Panis.
— « Mais alors , nommez ceux que vous accusez ,