LIVRE XV. U
s'écrie Yergniaud ; il est affreux de soulever de semblables soupçons, c'est un assassinat moral. »
Enfin, au milieu d'un grand nombre de propositions qui s'entre-croisent, Barbaroux lit un projet de décret qu'il vient d'écrire sur le bureau des secrétaires et qui est aussitôt adopté.
En vertu de ce décret, il devait êlre formé une commission de vingt-quatre membres, dont ne pourrait faire partie aucun des anciens membres des Assemblée constituante ou législative^ m aucun membre de la députation de Paris. Celte commission devait se transporter sur-lechamp à la mairie, sceller, contre-signer tous les cartons du comité de surveillance et faire l'inventaire de toutes les pièces qu'ils contenaient.
Il était écrit que la Convention ne verrait pas se passer une de ses séances sans qu'elle eût à s'occuper de la Commune et de ses agents. Le 2 octobre, Joseph Delaunay, au nom de la commission extraordinaire et du comité de sûreté générale, présenta un long rapport sur des pétitions signées par un grand nombre de personnes détenues dans les prisons de Paris en vertu de mandats d'arrêt plus ou moins réguliers. Ces infortunés demandaient à être mis en liberté provisoirement, à être soustraits non à la justice, mais au fer des assassins; car, ajoutait le rapporteur, ils tremblent à chaque instant
d'éprouver dans les prisons le sort de ceux qu'ils y ont remplacés.
Jamais encore les événements de septembre n'avaient été condamnés et flétris avec autant d'énergie. « Il est, disait Delaunay, il est de l'intérêt et de la dignité de la Convention nationale de prouver à la France et à l'Europe que la personne des individus innocents ou coupables jetés dans les prisons de Paris est aussi sacrée (pie celle des autres citoyens, et qu'étant sous la protection de la loi, les assassiner, c'est assassiner la loi même. Il faut que nous périssions ici ou que le règne des lois renaisse, que l'anarchie expire et que la liache révolutionnaire ne soit plus dans les mains des scélérats un instrument de terreur, de crime et de vengeance. En effet, si le gouvernement ne devait marcher qu'accompagné d'insurrections, si les scènes d'horreur qui se sont passées sous nos yeux devaient se renouveler, si l'autorité des représentants du peuple pouvait être un jour avilie et méconnue, si la force publique pouvait être égarée ou anéantie, la société serait dissoute, et il ne nous resterait qu'à gémir sur les ruines de la liberté'1.
Ce rapport, souvent interrompu par des applaudissements , concluait par un décret ainsi conçu :
« Le comité de sûreté générale est autorisé à se faire rendre compte des arrestations relatives à la révolution, qui ont eu lieu dans toute l'étendue de la république depuis le 10 août; à prendre connaissance de
1 . Le discours de Joseph Deluunay se trouve in extenso au Moniteur, ne 277. Il a été reproduit dans l'Histoire parlementaire) t. XIX, p. 204.