LIVRE XV
On a trouvé, en effet, la signature de Ribes dans les papiers de la liste civile, mais non pas celle de Ribes, membre de l'Assemblée législative, mais celle de Ribes, banquier et directeur des monnaies à Perpignan. Il y a plus : c'est que, loin d'avoir reçu 800,000 francs, c'est lui qui les a prêtés. »
— « Toutes ces dénonciations, s'écrie Lacroix, ne sont qu'une tactique pour accabler la commission de fatigues inutiles et l'abreuver de dégoûts. »
— « 11 faut que les calomniateurs soient frappés du glaive de la loi, ajoute Lecointe-Puyraveau. Je vous dénonce les misérables qui ne peuvent vivre qu'au milieu des troubles et ne s'abreuvent que de sang. Je vous dénonce un homme qui ne cesse de tapisser les murs de ses productions incendiaires, un homme qui, le soir même de la dénonciation du comité de surveillance, faisait annoncer par ses crieurs à gages qu'un grand complot de la faction- brissotine venait d'être découvert. »
Trois fois déjà Marat avait demandé à défendre ses anciens collègues du comité de surveillance, et trois fois la bruyante indignation de la majorité avait étouffé sa voix.
Mais, à cette dernière dénonciation, l'Ami du peuple s'élance à la tribune et réclame à grands cris la parole. On veut la lui refuser, il la prend. « J'applaudis au zèle du citoyen courageux qui m'a dénoncé à cette tribune... )> J^es murmures l'empêchent de continuer. On réclame de toutes parts la clôture de la discussion ; cependant Buzot obtient un instant de silence pour faire de sa place une motion d'ordre : « Prenons garde,
Source gallica.bnf.fr / Bibliothèque nationale de France
dit-il, de donner à Marat une importance qu'il ne mérite pas; tant discuter un te! homme, c'est paraître faire attention k lui. Lorsque l'on demande que Marat soit entendu, il me semble entendre les Prussiens le demander eux-mêmes; car laisser parler Marat, le laisser sans cesse attaquer les membres de la Convention, n'est-ce pas avilir la Convention elle-même? N'est-ce pas faire ce que les Prussiens désirent? Les envahisseurs étrangers ne peuvent avoir d'espérance que dans nos divisions intestines. Que fait chaque jour Marat, si ce n'est diriger contre nous les poignards des assassins et allumer la guerre civile? Eh quoi ! lorsque nous avons l'ennemi à repousser, lorsque nous avons besoin de l'union la plus intime, lorsque tant et de si importants travaux nous pressent, verra-t-on toujours les représentants d'un grand peuple s'occuper d'un homme de cette espèce? »
A ces mots, l'immense majorité de l'Assemblée éclate en applaudissements. La crête de la Montagne insiste pour que l'on écoute la justification de Marat. Le hideux personnage est toujours à la tribune, l'œil fixe, la tète haute. A chaque apostrophe, il sourit dédaigneusement; à chaque interruption, il déclare qu'il a la parole et qu'il ne la cédera à personne.
Devant une pareille insistance, quelques députés croient que l'on en finira plus vite en ie laissant parler; d'autres ne veulent absolument pas l'entendre. Les Girondins, comme presque toujours, se divisent euxmêmes sur celte question. Les uns appuient la motion de Buzot pour que la parole soit retirée à Marat par