‹ Histoire de la Terreur 17921794. T. quatrièmeChapitre 60 sur 236 · LIVRE XV · texte numérisé non relu

LIVRE XV

un décret formel de l'Assemblée; les autres consentent à r écouter/mais ils lui font acheter cher leur dédaigneuse tolérance.

Lasource : « Il faut que la France connaisse cet homme; je demande moi-même qu'H soît entendu. »

Lidon : « Puisque le corps électoral de Paris a prononcé contre nous le supplice d'entendre un Marat, je réclame le silence. »

Cambon : « Comme il est juste d'entendre le crime aussi bien que la vertu lorsqu'ils sont attaqués, je demande que Marat soit entendu. »

L'Ami du peuple débute ainsi :

« Je ne m'abaisserai pas à relever les invectives qui viennent de m'ètre adressées... Le peuple me jugera, il prononcera entre vous el moi... Quant à mes opinions, quant à mes sentiments, quant à ma vie politique, je suis au-dessus de vos décrets... »

— «A l'ordre! à l'ordre! » crîc-t-on de toutes parts. Mais la voix de l'orateur domine le tumulte; plus on le hue, plus il s'exalte.

/« Non, reprend-il, il ne vous est pas donné d'empêcher l'homme de génie de s'élancer dans l'avenir... Ah! si l'on avait eu, dès le commencement de la révolulion, le bon sens de comprendre les avantages de ce que je proposais alors!... J'ai cru apercevoir, dans cette Assemblée, un parti formé contre le comité de surveillance, je l'ai dénoncé. Le but de ce parti était d'enlever au comité les pièces de conviction des trahisons de la cour... »

Les rires et les murmures avaient interrompu à

chaque phrase Y Ami du peuple, mais une si scandaleuse diffamation fait éclater une colère générale. On demande de toutes parts que la parole soit retirée à Marat; mais lui, hurlant de toute la force de ses poumons, dénonce nominativement aux vengeances du peuple Brissot, Lasource, Guadet, Vergntaud, « tous ces hommes qui ont intrigué au moment des élections, tous ces hommes qui ont proposé naguère une guerre désastreuse , devenue il est vrai favorable par des événements imprévus, tous ces hommes qui ont demandé la suppression de la Commune do Paris, parce qu'elle a fait la révolution du 10 août... »

— « Et les crimes du 2 septembre, » répètent plusieurs voix.

— « Mes interrupteurs, reprend Marat, ne jettent ici eh avant qu'une imputation calomnieuse. C'est le déni de justice du tribunal criminel par l'absolution de Montmorin, qui a produit les événements du 2 septembre. »

Marat quitte enfin la tribune. Guadet s'y élance.

« Citoyens, s'écrie- t-il , au milieu des dénonciations où se vautre un homme dont je me suis bien promis de ne jamais prononcer le nom, je devais m'attendre à être impliqué dans ses calomnies... 11 m'a accusé d'avoir intrigué dans mon département; oui, j'ai écrit à Bordeaux pour demander à mes amis de ne pas se souvenir de moi lors des élections conventionnelles, parce que ma santé délabrée me faisait un besoin du repos, mais aussi parce que je redoutais d'être associé dans cette Assemblée à quelques hommes pour qui révolution signifie

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