LIVRE XV
nous oe souffrirons pas qu'il s'élève de nouveaux tyrans, sous quelque dénomination qu'ils se déguisent et de quelque masque qu'ils se couvrent. »
La lecture d'un si audacieux manifeste avait été interrompue par les murmures de l'Assemblée; le président Lacroix se rend l'organe des sentiments qui animeut ses collègues. « Citoyens, dit-il, le droit de pétition est sacré; mais ceux qui se présentent à la barre pour en faire usage ne doivent pas oublier le respect qu'ils doivent aux représentants du peuple français, et non pas seulement du peuple de Paris. La Convention ne connaît qu'un peuple, qu'un souverain, c'est lu réunïon des citoyens de toute la République. Ce n'est pas par les menaces qu'on intimidera les représentants de la nation; ils ne craignent rien, ils l'ont déclaré solennellement, et ce que vous dites pour les rassurer était parfaitement inutile. La Convention entendra toujours avec plaisir le langage de la liberté; mais elle ne souffrira jamais celui de la licence; elle vous permet d'assister à sa séance au nombre fixé par la loi, vingt! »
L'Assemblée s'associe par des applaudissements presque unanimes à la réponse du président, elle en ordonne l'impression et l'envoi aux départements, puis elle passe a l'ordre du jour sur la pétition des Gravilliers et sur toutes celles du même genre qui lui avaient été précédemment adressées en adoptant le considérant proposé par La Revellière-Lepaux: il n'y a pas lieu de faire une exception à la loi pour la ville de Paris.
Le lendemain 8, la Gironde fait une autre réponse, plus significative encore, aux menaces des sections ultra-
HISTOIRE DE LA TERRE U Et.
révolu lïonnaires. Buzot, au nom de la commission des six1, dépose son rapport sur l'organisation de la garde départementale.
« Un nouvel ordre de choses, y disait l'ex-constituanl, commence pour la France; nous ne devons plus reconnaître d'autre maître que la loi qui émane de la volonté librement exprimée par les représentants de la république entière.
« A qui appartiennent les représentants? A toute la nation; donc la nation doit être appelée à les honorer de sa vigilance et à les couvrir de son égide... Le principe de l'unité et de l'indivisibilité de la République est
1. La création d'une commission de six membres, pour examiner les questions relatives à la garde départementale et a une nouvelle législation contre lès provocateurs a l'assassinat, avait été décrétée en principe dans la séance du 24 septembre {voir page 80). Le 27, la Convention procéda à la nomination des députes qui devaient la composer; Buzot, Lesage (d'Eure-et-Loir), Lacroix, Manuel, Tliuriot et Mathieu furent élus. Le 6 octobre, J.-B. Louvet profita du renvoi d'un document à la commission pour demander qu'elle fût augmentée de trois nouveaux membres; Buzot appuya cette demande en ces termes : c Nous sommes, dit-il, dans celte commission, trois qui pensons d'une manière et trois qui pensons d'une autre. Il nous est impossible de nous accorder el de faire un rapport. »
Malgré l'opposition de Tallien, la proposition de Louvet fut acceptée. Le président, c'élait Lacroix, fut investi par l'Assemblée du droit de choisir les trois nouveaux membres, il proposa Garran-Coulon, llewbell et Rouyer. Nulle opposition ne fut faite à la désignation présidentielle. Cette adjonction assura aux girondins la majorité dans la commission; ils s'empressèrent de faire nommer pour rapporteur, Buzot, l'auteur même de la proposition que la commission avait à examiner. (Voir le Journal des Débats, p. 301, nD -18.)
Le Moniteur ne dit pas un mot de cet incident important.