LIVRE XV
sacré, c'est clans ce principe que Paris puise sa richesse et sa splendeur. Paris doit donc voir avec reconnaissance la proposition qui est faite... Paris a renversé le despotisme, bien servi la liberté, bien mérité de la patrie; mais Paris eût en vain combattu si le peuple des départements n'avait applaudi au renversement du despotisme , juré de soutenir la révolution , multiplié ses sacrifices pour la liberté, envoyé de nombreuses légions, prodigué son or avec son sa.ng pour la défense de la patrie...
« Il y a solidarité entre les départements et Paris; s'ils réunissent leurs efforts pour défendre les intérêts communs, qui peut le redouter, si ce n'est les fae-. tieux?... Reconnaître aux départements leur droit à concourir à la garde de ce qui leur appartient, leur eu assurer l'exercice, les attacher enfin au centre vers lequel il faut rappeler les forces et les affections de toutes les extrémités, prévenir les défiances et les divisions si faciles à naître et si funestes dans leurs suites, c'est en même temps ôler à la malveillance tout prétexte de saper la Constitution que vous devez établir, c'est vous mettre a même de" la méditer avec sagesse et de l'offrir pure et entière au vœu du peuple dans les assemblées primaires. »
Le rapport concluait à ce que chaque département envoyât autant de fois quatre fantassins et deux cavaliers qu'il avait de députés. On devait avoir ainsi un total, de quatre mille quatre cent soixante-dix gardes nationaux .qui seraient casernes à Paris et recevraient la paye'de la gendarmerie. Les hommes destinés à com-
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poser cette garde devaient être choisis par les conseils généraux des départements parmi les citoyens auxquels les districts et les communes auraient donné des cerlificals de civisme. Le choix de leur commandant était réservé a l'Assemblée nationale.
La Convention, après avoir entendu le rapport de Buzot, décide qu'elle fixera ultérieurement le jour où il sera discuté; mais le parti démagogique n'attend pas une heure pour se déchaîner contre le projet girondin. Robespierre commence l'attaque dans une de ses Lettres à ses commettants.
« Cette proposition, écrit-il, est aussi bizarre par son objet qu'importante par ses conséquences; c'est une œuvre préparée de longue main par les dénonciations journalières du ministre de l'intérieur et les déclamations de quelques députés contre tout ce qui porte le nom parisien. Elle n'a d'autre but Ijue d'assurer contre Paris le triomphe de la coalition qui domine la Convention. » Ces idées développées, ou plutôt ressassées en d'interminables périodes, Robespierre déclare, au nom de ce qu'il appelle les principes, « que dans tout État constitué, la force publique est une comme la volonté générale qu'elle est destinée à faire respecter; » que « toute force particulière affectée à un homme, à une assemblée, quelque constituée qu'elle soit en puissance, est un monstre dans l'ordre social. » Il pose ce dilemme : « Ou bien les délégués du peuple ont sa confiance, ou ils ne l'ont pas. Au premier cas, ils n'ont pas besoin de force armée; dans le second, ils ne l'appellent que pour opprimer le peuple... »
Source gallica.bnf.fr / Bibliothèque nationale de France