LIVRE XV
lieu d'instituer une commission nouvelle, spécialement chargée de recevoir les déclarations des dépôts faits à la Commune et à la mairie, avec spécification de leur nature et du lieu de leur remise.
Cette proposition fait jeter les hauts cris aux amis de la Commune. Léonard Bourdon et Thuriot réclament un délai, le premier de deux mois, le second de quinze jours, pour la réception des déclarations et la reddition des comptes municipaux. Albitte demande que les comptes de la Commune soient imprimés préalablement à la réception des déclarations. C'eût été ajourner indéfiniment l'ouverture de l'enquête sur la gestion si embrouillée de la Commune. La majorité le comprend; elle exige que l'on ferme la discussion et que l'on vote immédiatement le décret proposé par les Vingt-quatre.
« Vous voulez donc mettre l'honneur de la Commune de Paris à la discrétion de quelques mal veillants! » s'écrie Legendre.
— « L'honneur de la Commune de Paris, réplique Lanjuinaïs, consiste à présenter un compte exact et clair. Depuis que la Convention est assemblée, on s'est joué d'elle avec persévérance... »
— « Je n'accuse ni la Commune, ni le comité de surveillance, ajoute Barbaroux, mais il faut connaître les dilapidateurs... De l'aveu même du comité de surveillance, il a disparu, depuis le 10 août, une très-grande quantité d'argenterie et une somme de onze cent mille livres en or. »
— « Le décret, » dit Canibon, toujours attentif à ce qui concerne les finances de l'État, « le décret qui or-
ni
HISTOIRE DIî LA TERREUR.
donne à tous les dépositaires d'effets d'or el d'argent appartenant à la nation de les faire transporter à l'hôtel des monnaies n'a point été exécuté... Je ne conçois pas comment on peut s'opposer à ce que la lumière soit portée sur toutes les opérations de finances... Il faut que le peuple souverain connaisse l'emploi qu'on a fait de ce "qui lui appartient; il faut qu'il connaisse les dilapidations et les dilapidateurs; et puisque les lois sont insuffisantes, puisqu'elles sont impunément éludées, je demande qu'on en appelle au peuple; c'est lui qui jugera toutes les opérations. » Cambon est très-vivement applaudi.
Les affidés de la Commune, désespérant d'empêcher l'adoption du décret, usent alors d'une tactique qui leur a déjà souvent réussi. Ils proposent que les déclarations soient faites a haute voix et qu'on ieur donne immédiatement la plus grande publicité possible. C'est Tallien qui, le premier, émet l'idée d'organiser ainsi un vaste système d'intimidation autour de la commission d'enquête, c'est Danton qui l'appuie.
« Vous voulez, dit l'ancien ministre de la justice, porter la lumière sur les opérations de la Commune de Paris? Eh bien ! c'est demander une chose qui va droit au but que de vouloir que les déclarations soient publiques... Celui qui n'a pas le courage de signer sa dénonciation et de la soutenir publiquement doit être réputé délateur. »
— « Si vous décrétiez que ces déclarations seraient faites publiquement, réplique Rewbell, les recherches deviendraient inutiles. Celui qui a osé voler ose assassiner pour couvrir son vol . »
Source gallica.bnf.fr / Bibliothèque nationale de France