LIVRE XV
Mais Sergent insiste; il voudrait au moins que ies déclara tioûs fussent appuyées de pièces justificatives, « car, dit-il , je ne vois dans votre décret que l'intente tîon de faire calomnier l'honnête homme par le scélérat « payé. »
— « Lorsque des délits ont été commis, répond Lanjuinais, aux applaudissements de la majorité, lorsque des fonds ont été dilapidés, les coupables en font-ils dresser <les actes notariés? >»
. La Convention, sans plus s'arrêter aux objections intéressées des anciens membres de la Commune , de leurs amis ou de leurs complices, vote le décret proposé par les Vingt-quatre1.
Ce décret témoignait à chaque ligne du peu de confiance que l'Assemblée avait dans les étranges dépositaires de l'Hôtel de Ville. Il ordonnait, en effet, que six commissaires fussent choisis parmi les membres de la Convention, à l'effet de recevoir les déclarations des citoyens qui avaient fait, entre les mains des membres de . la Commune de Paris, des dépôts d'argenterie et autres objets. Les commissaires devaient ensuite rapprocher ces déclarations des procès- verbaux, et, après en avoir vérifié l'exactitude, exiger la représentation des objets mentionnés et leur dépôt immédiat à la Monnaie. Dans le cas où les objets déclarés ne seraient pas mentionnés dans les procès-verbaux dressés par la Commune, et où les personnes désignées comme en ayant reçu le dépôt ne les représenteraient pas, les six commissaires étaient
\ . Voir le n° 286 du Moniteur,
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autorisés à faire comparaître devant eux et contradictoirement les déclarants et les dépositaires; procès-verbal serait dressé de leurs explications respectives, et il en serait référé à la Convention. Enfin, le décret devait être envoyé, lu et affiché dans les quarante-huit sections1.
La proposition des Vingt-quatre était à peine adoptée, que Marat s'élance à la tribune et demande que les dispositions que l'on vient de voter soient étendues à tous les fonctionnaires publics ayant eu entre les mains des effets enlevés aux émigrés ou dans les dépôts nationaux. « A l'agitation qui règne dans cette assemblée, dit-il, on pourrait croire que la vérité n'est pas l'objet de vos recherches... » Comme on l'interrompt, il reprend ironiquement : « J'écarte de moi tout soupçon. La justice est dans vos cœurs. Vous ne croirez pas devoir rendre un décret tombant sur la municipalité de Paris seule... »
4. Les sis commissaires nommés par la Convention elle-même, en exécution de ce décret, furent Cumbacérès, Ârmonvillc, Fuussedoïre, Rudel, Bion et Treillhard. L'Assemblée avait voulu donner la preuve de sa complète impartialité en introduisant, dans la commission l'ami intime, le séide de Marat, Armonvillc, dont nous avons déjà parlé au tome III, p. 328. Cinq hommes honorables, et notamment celui qui devait être un jour l'archichancelier de l'Empire, furent condamnes a siéger côte à côte avec le misérable ivrogne que les démagogues de Reims avaient, à la suite des massacres de cette ville, envoyé siéger à la Convention.