LIVRE XV
— « Oui, oui, crie- t-on de toutes parts, nous sommes justes et impartiaux ! » — « La municipalité parisienne elle-même, continue VAmi du peuple, a été la première à vous demander de faire examiner ses opérations. // est incontestable qu'il y a eu des mauvais sujets dans la municipalité et dans le comité de surveillance de la Commune. Ce comité de surveillance du 10 août a lui-même expulsé deux de ses membres dont il suspectait la pureté1. Mais hier on a dit à cette tribune qu'il avait été enlevé du comité de surveillance onze cent mille livres en or. J'ai voulu connaître le fait. Je suis allé moi-même au comité de surveillance, et je me suis assuré que ce n'était encore qu'une présomption. Mais un fait bien certain, c'est que les commissaires des sections qui ont été à la recherche des diamants volés au garde-meuble, ont déposé ceux qu'ils ont retrouvés entre les mains du vertueux Roland, sans en dresser procès-verbal, et tout le monde sait qu'il est très-facile de substituer des diamants de très-peu de valeur à des diamants d'un grand prix. On a déposé aussi entre les mains du ministre Roland l'argenterie enlevée au château de Louvois et une cassette qui contenait plusieurs diamants de la couronne: je demande que votre décret soit étendu au ministre Roland. »
4. La phrase en italique ne se trouve pas dans le Moniteur, qui écourte singulièrement celte discussion et no mentionne même pas le discours de Lanjuinaîs. Toutes les fois qu'il est question de la Commune et de ses comptes, le Moniteur a des restrictions singulières, des omissions plus singulières encore; il faut ici consulter le Journal des Débats et Décrets, p. 373, 378, 390 et 393, n*» 21 et 23.
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L'Assemblée murmure; les tribunes applaudissent.
Lanjuinais déclare être le premier à consentir à ce que le décret devienne applicable h tous les fonctionnaires déposilaires de bijoux; mais il ne saurait s'élever avec trop d'énergie contre la dénonciation nominative pour laquelle la proposition d'extension du décret semble avoir été faite uniquemenf. « On semble oublier déjà les six jours et demi du mois de septembre, s'écrie- t-ïl. On parait oublier la situation de Roland, les devoirs pénibles qu'il avait à remplir, les dangers qu'il a courus pendant ces jours de deuil... On l'accuse d'avoir reçu des effets précieux en dépôt, sans en avoir fait dresser procèsverbal. Il faut d'abord que le fait soit vérifié. »
— « Il faut enûn que les faits s'éclaircissent! ajoute un autre girondin, Lehardy ; je demande moi-même que le décret s'applique à Roland et aux faits qu'on lui impute, car Marat, dans sa feuille d'aujourd'hui même, représente le ministre Roland comme payant des assassins et des coupe-jarrets avec les diamants de la couronne. C'est le moyen de ne pas laisser le ministre sous cet odieux et exécrable soupçon. » Goupilleau insiste pour que le décret soit généralisé. « Cela n'est pas nécessaire, fait remarquer Camusi La loi du 28 septembre déclare tous les fonctionnaires publics qui ont reçu des dépôts comptables de ces dépots mêmes. »
La droite demande la question préalable sur la proposition de Marat; mais un autre montagnard, venant au secours de VAmi du peuple, lance de nouvelles insinuations contre la probité de Roland. C'est Thuriot, qui déclare que, comme l'un des commissaires nommés par
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