‹ Histoire de la Terreur 17921794. T. quatrièmeChapitre 71 sur 236 · LIVRE XVI · texte numérisé non relu

LIVRE XVI

Verdun ont l'honneur d'observer à M. le duc de Brunswick que la défense de la place leur a été confiée par le roi des Français, de la loyauté duquel il est impossible de douter. En conséquence, ils ne peuvent, sans manquer à la fidélité qu'ils lui doivent ainsi qu'à la nation et à la loi, remettre la place tant qu'il restera des moyens pour la défendre ; ils espèrent être assez heureux pour mériter par là l'estime du guerrier illustre qu'ils vont avoir l'honneur de combattre. »

Cette réponse n'impliquait pas, il faut le reconnaître, une bien vive adhésion à la révolution du 10 août, puisque le principal argument opposé à l'injonction du général ennemi n'était basé que sur la fidélité due à Louis XVI. Elle fut signée par Beaurepaire, lieutenantcolonel du T bataillon de Maine-et-Loire, auquel le commandement avait été dévolu, comme au doyen des officiers du même grade enfermés dans Verdun. C'était, du reste, un ancien militaire qui comptait quarante ans de services.

Depuis quinze jours que la place était menacée par la concentration des armées ennemies sur la frontière, le pouvoir exécutif n'avait pas pris la précaution d'y envoyer un officier général avec des troupes de ligne. Cette malheureuse cité semblait sacrifiée d'avance dans l'esprit même de ceux, qui étaient le plus au courant du véritable élat des choses; ainsi le procureur-syndic de la Commune, Manuel, le jour même où la place était investie par le duc de Brunswick, annonçait officiel lement aux Parisiens que Verdun ne pouvait pas tenir deux jours.

Le bombardement commença aussitôt que la réponse

de Beaurepaire eut été reçue au camp ennemi (31 août, à onze heures du soir). Il ne tarda pas à produire de terribles effets. Les quelques pièces de canon qui garnissaient les remparts furent presque toutes démontées, et, comme les affûts de rechange manquaient, i! devint impossible de répondre au feu .de l'ennemi; plusieurs incendies éclatèrent dans la ville. La garnison était harassée de fatigue, les habitants étaient en proie à une véritable panique. Le 1er septembre, dans l'après-midi, après quinze heures de bombardement, la municipalité se décide à envoyer une députation demander au roi de Prusse de faire la guerre d'une manière moins désastreuse pour les citoyens.' Mais cette députation revient avec une nouvelle sommation du duc de. Brunswick accordant à la garnison de Verdun de se retirer avec armes et bagages, et en n'abandonnant que l'artillerie et les munitions de guerre; vingt-quatre heures seulement étaient laissées pour l'acceptation de ces conditions; en cas de refus, la ville était menacée d'une destruction totale.

La deuxième sommation du duc de Brunswick se termine ainsi :

« Les commandants et les troupes de la garnison de Verdun, ayant employé le nom de leur roi comme un motif de résistance, sont avertis que, dans un moment où Sa Majesté Très-Chrétienne est évidemment au pouvoir des usurpateurs de la puissance légitime, un pareil motif perd jusqu'à l'apparence âe la raison 1. »

1. Le .Moniteur (n° 352) donne celte pièce, mais il ne reproduit

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