‹ Histoire de la Terreur 17921794. T. quatrièmeChapitre 72 sur 236 · LIVRE XVI · texte numérisé non relu

LIVRE XVI

Les menaces prussiennes jettent les habitants dans le désespoir; des groupes nombreux se forment sur la place de l'Hôtel de Ville et réclament la reddition immédiate ; le conseil général de la Commune supplie le comité défensif d'épargner à Verdun les horreurs d'un assaut. Le comité se rassemble et constate : 4° que la place présente plusieurs ouvertures qui ne peuvent être gardées; 2° que des trente canons qui garnissaient bien imparfaitement les remparts, la plupart sont hors d'état de répondre au feu de l'ennemi; 3° que dès lors la place peut être enlevée au premier assaut; h° qu'il vaut mieux conserver à la nation une garnison de trois mille cinq cents hommes que de retarder d'un jour ou deux la prise inévitable de Verdun. En conséquence, on se résout à entrer en pourparler avec le roi de Prusse et à lui demander quelque adoucissement aux conditions proposées. Mais, puisque l'on a un délai de vingt-quatre heures, on veut l'épuiser1.

pas, et pour cause, cette phrase finale qui démontrait que les défenseurs de Verdun avaient invoqué le nom de Louis XVI pour refuser d'obéir aux injonctions de Brunswick-.

\. Voici la réponse provisoire qui fut écrite à Brunswick à la réception de la deuxième sommation :

i Ier septembre, à trois heures du soir.

« Le commandant de la place de Verdun aura l'honneur de faire parvenir demain à M. le duc de Brunswick, avant l'expiration des vingt-quatre heures, la réponse définitive aux conditions qui lui sont proposées. Mais il a l'honneur d'observer que deux corps de troupes de la garnison y sont entrés avec chacun deux pièces de canon de campagne faisant partie de leur armement, et qu'ils espèrent qu'on voudra bien les leur accorder comme une des conditions intégrantes de la capitulation proposée. »

iv io

Source gallica.bnf.fr / Bibliothèqi

Le devoir de Beaurepaire, comme commandant la place de Verdun, était accompli; il estima qu'il lui en restait un autre à remplir et que celui-ci le regardait seul. Il avait écrit à ses amis de Maine-et-Loire qu'il était décidé à ne rendre la place qu'à la mort 1; il voulut être fidèle à sa promesse. Dans la nuit du Ve au 2 septembre, vers trois heu res du matin, Beaurepaire se relira dans la chambre qu'il occupait à l'Hôtel de Ville et'se fit sauter la cervelle2.

Ses soldats accoururent et le trouvèrent baignant dans

1. Voir la séance de l'Assemblée législative du 3 septembre au soir, page iO'ûlj du Moniteur.

2. Notre récit de la mort du héros do Maine-et-Loire diffère essentiellement, on le voit, de celui que la légende nous a transmis, et où l'on nous montre Beaurepaire se brûlant la cervelle dans la salle du conseil do guerre, au moment où ses collègues lui présentent à signer la capitulation. Il parut utile à ceux qui gouvernaient la France depuis le 10 août de faire croire que Beaurepaire avait blâmé la reddition de Verdun et voulu que son sang, en rejaillissant sur les officiers qui l'entouraient, leur imprimât une honte éternelle. Or, la lettre du J*r septembre au roi de Prusse démontre que Beaurepaire reconnaissait lui-même l'i nipérieuse nécessité dans laquelle les défenseurs de Verdun se trouvaient de rendre la place. Seulement, après avoir assuré le sulut de ses compagnons d'armes, il tint à dégager sa parole, et à montrer aux envahisseurs que tous les Français, quand il le faudrait, sauraient sacrifier leur vie à la patrie, à l'honneur. La version que l'histoire substituera désormais au récit légendaire ne nous parait diminuer en rien la gloire de Beaurepaire.

Au défaut de cet officier, la capitulation fut signée par de Neyon, colonel en second du 2" bataillon des volontaires de la Meuse, et auquel échut par droit d'ancienneté le commandement de la place. De îSeyon paya plus tard de sa tète la participation passive qu'il avait eue à la capitulation de Verdun en apposant sa signature à côté de celle du général Kalkreuth, chef d état- major de l'armée austro-prussienne.

Source gallica.bnf.fr / Bibliothèque nationale de France

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