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trésorier de l'armée royaliste les sommes trouvées dans les caisses des districts et de rétablir les anciens impôts sur les tarifs d'autrefois; la perception de ces contributions était par lui confiée à des employés de l'administration des finances qui avaient suivi la fortune de l'émigration *.
De son côté, l'armée envahissante ne se faisait pas faute de lever de larges contributions en bestiaux, fourrages et farines sur les localités qu'elle occupait et même sur les villes environnantes. Pour quittance de ces perceptions en nature, elle délivrait aux municipalités et aux particuliers des bous à payer par les caisses publiques de France, lorsque l'autorité légitime de Louis XVI aurait été rétablie.
Ce fut à l'occasion de ces contributions réclamées aux communes, districts et départements, que le duc de Brunswick requit les chefs de l'administration de la Meuse de se rendre à Verdun. La moitié de ce département était occupée par l'armée ennemie; son chef-lieu, lîar-le-Duc, était une ville ouverte qui ne pouvait songer à résister même à un corps de partisans. Or la réquisition adressée aux autorités départementales était accompagnée d'une menace d'exécution militaire sur la cité tout entière, si les magistrats désignés n'obéissaient pas immédiatement.
A la réception d'une telle missive, les diverses auto-
4. Voir, à la fin du volume, les pièces que nous avons réunies pour faire connaître autant que possible quelle fut l'altitude prise par les frères du roi et leurs adhérents lors do leur rentrée momentanée sur le territoire français en 1702.
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HISTOIRE DE I.A TKRREUR.
rites de la ville de Bar se réunissent en toute hâte et sont unanimes pour supplier le président du conseil général du département, Ternaux. elle procureur général, Gossin, d'obtempérer à l'ordre brutal du généralissime des armées alliées. Ceux-ci résistent, ils ne veulent pas paraître courir au-devant des envahisseurs de leur pays ; mais leurs collègues leur demandent avec anxiété comment ils pourraient se résoudre à encourir la terrible responsabilité qui pèserait sur eux, si l'ennemi accomplissait sa menace de mettre Bar-le-Duc à feu et h sang. Soit qu'ils refusent, soit qu'ils obéissent, les deux administrateurs sont entre deux périls : Brunswick peut vouloir l'aire sur eux un exemple destiné à effrayer les magistrats des autres départements qu'il se dispose à envahir; l'Assemblée nationale peut les Irapper des peines terribles qu'elle a édictées contre les Autorités de Longwy. Les cris de désespoir que pousse la population, rassemblée sous les fenêtres de l' Hôtel de Ville, triomphent de leurs dernières hésitations; ils partent pour le quartier général do l'en nemi.
En y arrivant, ils apprennent que le généralissime a compté sur eux pour régulariser par leurs signatures les réquisitions qu'il va lancer sur tout le département; ils refusent noblement d'apposer leur nom au bas des pièces qu'on leur présente et sont jetés en prison comme otages".
De Bar-le-Duc, Gossin et Ternaux avaient écrit à l'Assemblée nationale pour lui annoncer la résolution qu'ils avaient prise et les raisons qui la leur avaient dictée. La Législative venait de recevoir la nouvelle officielle de la prise de Verdun. Sous le coup de cette noli-
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velle et sans vouloir entendre la défense des deux magistrats qui, dans leur lettre, se disaient prêts à porter leur tête à l'Assemblée pour gage de leur dévouement à la patrie, elle les déclare traîtres et parjures, les met en accusation, destitue tous les membres de la commune, du district et du département, qui ont pris part à la délibération à laquelle les deux chefs de l'administration de la Meuse ont cru devoir obtempérer, et décrète la peine de mort contre tout fonctionnaire public, civil on militaire, qui obéirait aux ordres et réquisitionsdes ennemis de la France et accepterait d'eux une commission do quelque nature que ce fût 4.
L'Assemblée montrait ainsi jusqu'à quel degré d'ardeur elle voulait que la résistance fut poussée; mais ce n'était pas tout que de l'ordonner par décret, il fallait l'organiser matériellement : Dumouriez était chargé de ce soin.
\. Le décret d'accusation, rendu ah irato le 5 septembre 4792 par la Législative contre Gossin el Ternaux, coilta, dix-huit mois plus tard, la vie au premier de ces deux magistrats, et cependant leur démarche avait été dictée par le plus pur patriotisme, ainsi que le reconnut par deux fois la Convention nationale elle-même. — Voir la note spéciale que nous avons consacrée â cette affaire à la fin de ce volume.
Gossin était, avant la Révolution, lieutenant général criminel à Bar et avait été membre de l'Assemblée constituante. Il s'y était fait remarquer par ses connaissances administratives et financières. Il avait été élu procureur général syndic du déparlement de la Meuse à son retour dans ses foyers.
Ternaux était un ancien capitaine du régiment rie la Couronne qui, tout jeune encore, avait conquis la croix de Saint-Louis sur le champ de bataille de Fontenoy.
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HISTOl LIE DE LA. TEKREUl
Ce qui distingue le grand homme de guerre, c'est ce coup d'œil rapide qui, sur le champ de bataille, fait reconnaître tout d'abord les mesures décisives à prendre, c'est la faculté de modifier soudainement ses plans d'après l'imprévu des circonstances, c'est la constance inébranlable à persévérer dans la résolution définitivement arrêtée, quelles que soient les clameurs des ignorants, les réclamations des timorés, les calomnies des envieux. Ainsi agit Dumouriez, cet aventurier de génie qui avait deviné l'avenir de Cherbourg, donné la Corse à la France, et allait immortaliser son nom en sauvant la patrie dans les plaines de la Champagne. Il fut admirable d'inspiration, de sang-froid, do ténacité. Il sut braver l'impopularité, résister aux ordres qu'il recevait de Paris et couvrir la capitale en ayant l'air de l'abandonner.
Au moment où il reçut le décret qui l'investissait du commandement de l'armée de Lafayette, Dumouriez hésita un instant sur le parti à prendre. Devait-il de Valenciennes, où il se trouvait en ce moment, se porter résolument au cœur des provinces belges avec les troupes qu'il avait sous la main, et opérer une vigoureuse diversion, ou bien se rabattre sur les armées combinées qui s'apprêtaient à pénétrer en France?
Depuis deux mois qu'il est au camp de Maulde, il a étudié, caressé, préconisé le premier plan; il connaît
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mieux son terrain d'opération ; il se croit assuré des dispositions secrètes des habitants du Hainaut et du Brabant; il espère que les places de la Lorraine arrêteront quelque temps les armées combinées , qu'il aura le temps d'inspirer à l'Autriche des craintes sérieuses sur la possession des Pays-Bas. Mais tout à coup, dans la nuit du 24 au 25 août, arrive à son quartier général Westermann, l'ami et le confident de Danton, qui, aussitôt après la déchéance de Louis XVI, avait été envoyé comme commissaire du pouvoir exécutif à l'armée de Lafayette. Westermann annonce la reddition de Longwy et la marche des alliés sur Verdun. Dumouriez change aussitôt ses projets, et, après avoir consacré quelques heures à préparer la campagne de Belgique, dont il n'abandonne pas, mais dont il ajourne le projet, il se jette dans une chaise de poste avec Westermann et un seul aide de camp.
Arrivé à Mézières le 28 août au matin, il envoie immédiatement Galbaud au secours de Verdun avec les deux, premiers bataillons qu'il a sons la maiu , lève le camp retranché que l'armée de Lafayette occupait devant Sedan depuis plusieurs mois, fait filer la plus grande partie de ses troupes par Mouzon et Stenay, le long de la rive gauche de la Meuse, et pénètre dans la forêt de l'Argonne, dont il occupe tout de suite les cinq passages.
Installé a Grandpré, dans un camp d'où il peut porter secours à chacun de ses postes avancés, il écrit fièrement au ministre de la guerre cette lettre prophétique : « Les défilés de l'Argonne sont les Ther-
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iU HIST01RIÎ DE LA-TERRlïCa.
niopyles de la France; mais je serai plus heureux que Léonidas. »
Sentant que c'est sur ce théâtre que vont se jouer les destinées de la France nouvelle, il se résout à dégarnir la frontière, dont il vient de s'éloigner. Il rappelle à lui Beurnonville avec la plus grande partie des troupes qui occupent les camps de Maulde et de Pontsur-Sambre. Il envoie courrier sur courrier à la Fère et à Douai pour qu'on lui expédie des munitions de guerre, dont il manque presque complètement. Il fait dire à Keliermann, qui vient de succéder à Luekner dans le commandement de l'armée de la Moselle, d'accourir à marches forcées par Ligny et Bar, et de se joindre à lui.
Il n'a que vingt-trois mille hommes, dont la moitié »au moins se compose de nouvelles levées, et il a devant lui une masse compacte de quatre- vingt mille soldats aguerris. Grûce <i ses combinaisons, grâce à l'arrivée de Beurnonville et de Keliermann, son armée sera triplée ; maïs ces deux généraux ne peuvent être à ses côtés que du 15 au 20 septembre. Durant les trois mortelles semaines qui vont s'écouler d'ici là, comment pourrat-il tenir en échec les vieilles bandes de l'élève du grand Frédéric? Heureusement, entre elles et lut s'étend la forêt immense de l'Argon ne qui, pariant des environs de Sedan, ne finit qu'à quelque distance de Sainte- Menehould, et occupe les crûtes qui séparent la vallée de la Meuse de celle tic l'Aisne et de ses affluents. Cet obstacle naturel, Durnouriez va l'utiliser pour arrêter le torrent de l'invasion étrangère.
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Brunswick ne saurait songer à marcfier rie Verdun vers la Marne, en laissant sur son flanc une armée qui manoeuvre dans son propre pays et peut, en s'aidant de l'appui momentané des garnisons de Sedan, de Montroédy, d'une part, de Thionville et de Metz, de l'autre, l'inquiéter sur son arrière-garde, lui enlever ses convois et l'isoler de ses magasins. Il lui faut avant tout débusquer son adversaire du camp de Grandpré; mais pour cela il est nécessaire d'enlever de vive force l'un des cinq passages qui traversent la forêt. Dumouriez les fait garder par de forts détachements qui ont reçu ordre de se couvrir en faisant de grands abattis d'arbres, en creusant des fondrières, des tranchées, des puits à travers toutes les routes. En même temps il fait un appel solennel h. toute l'énergie des patriotiques populations dont il est entouré :
(i Citoyens, s'écrie-t-il dans sa proclamation » l'ennemi fait des progrès sur le territoire des hommes libres. Toutes vos subsistances sont dévorées par les satellites des despotes. Je vous somme, au nom de la patrie et de la liberté, de faire battre vos grains et de les apporter dans mon camp, de faire retirer vos bestiaux et chevaux derrière mon armée. Si les Prussiens et les Autrichiens s'avancent pour traverser les défilés que je garde en force, je ferai sonner le tocsin dans toutes les paroisses... À ce son terrible, que tous ceux d'entre vous qui ont des armes à feu se portent chacun en avant de sa paroisse sur la lisière du bois depuis Chevange jusqu'à Passavant; que les autres, munis de pelles, de pioches et de haches, coupent les bois sur la lisière et en fassent
des abattis... Ainsi vous conserverez votre liberté, et vous nous aiderez à triompher de ceux qui voudraient vous ]a ravir1. »
Le 5 septembre, Brunswick, maître de Verdun, fait franchir la Meuse à son avant-garde. Il dirige sa première attaque sur la position des Jslettes, qu'occupe Dillon. 11 est repoussé et perd sept jours en tâtonnements infructueux. Mais le 13, par un de ces hasards de guerre qui viennent déjouer les plus habiles combinaisons, le poste de la Croix-aux-Bois se trouve tout a coup dégarni, des bataillons qui devaient en remplacer d'autres n'étant pas arrivés à l'heure prescrite. Le malheur veut que le prince de Ligne dirige en ce moment une attaque sur ce point. Il y trouve naturellement fort peu de résistance, et lance aussitôt ses Autrichiens par la trouée. En vain Dumouriez, dès qu'il a reçu à Grandpré cette fâcheuse nouvelle, a-t-il envoyé, vers le passage menacé, Chazot avec deux brigades et une nombreuse artillerie. Après un combat acharné qui coûte la vie au prince de Ligne, Chazot est contraint d'abandonner la place; ses communications avec le général en chef sont coupées, il est obligé de se retirer sur Vouziers. Dès lors, Dumouriex n'est
•I. Cette proclamation fut lue à l'Assemblée nationale le 12 septembre et couverte des plus vifs applaudissements. — Journal des Débals et Décrets, u° 352, pages 225 et 226.