LIVRE xvi. m
dans lotis les départements. D'autre part, comment attaquer de nouveau, dans un inexpugnable amphithéâtre, des troupes dont on venait d'apprécier la consistance et dont on se voyait séparé par des étangs, des ruisseaux, des marais?
Connaissant l'avantage de sa position, Dumouriez restait plus sourd que jamais aux injonctions qui lui venaient de Paris. On n'y avait pas apprécié d'abord toute la portée de la journée du 20 septembre; chaque jour, le conseil executif, en félicitant le vainqueur, l'exhortait à se contenter du succès qu'il avait obtenu et à venir couvrir les passages de la Marne. Le général français demeura inébranlable, réussit à retenir Kellermann à ses côtés et attendit.
Le duc de Brunswick resta huit jours dans l'immo-
courui. ri.=que de la vie deux fois au moins. Deux balles ayant frappé son havresac, il fui sauvé par Atala « qui, en fille dévouée, se plaça entre son père et le plomb ennemi. » Quelques jours après, il îul blessé à la cuisse droiie par un éclat d'obus pendant qu'il dormait profondément sous les roues d'un affût, duos une batterie où il était de garde.
Atteint de la petite vérole dans la retraite qui suivit la luvée du siège de Thionville, licencié avec toute sa compagnie près de Longwy, il se dirige vers Ostende, seul, à pied, appuyé sur une béquille et so traînant à peine- 11 tombe presque mourant au milieu de la forêt des Ardennes; il est recueilli dans un des fourgons du prince de Ligne, qui le dépose sur le chemin à l'entrée de Bruxelles. Guéri par miracle, il se rend à Jersey et passe en Angleterre, où l'attendent les poignantes épreuves de la misère et les angoisses secréies du génie qui se forme. De celte triste campagne il emportait du moins les souvenirs vivants de la vie militaire qu'il devait reproduire avec lant d'éclat au sixième livre des Martyrs.
Source gallica.bnf.fr / Bibliothèque nationale de France
biltté la plus complète, ne sachant quel parti prendre. Le 29 septembre, il se décida à battre en retraite. Sa position n'était plus tenable, ses convois d'approvisionnement, obliges de passer presque tous par les défilés de l'Àrgonne, trouvaient les routes défoncées et étaient souvent enlevés par les corps de partisans qui battaient la campagne. La mauvaise nourriture, les privations de tout genre, l'inclémence de la saison, avaient engendré la dyssenterie dans l'armée austro-prussienne, et cette terrible maladie commençait à y faire d'effroyables ravages. Les nouvelles de l'Alsace et de la Lorraine étaient désastreuses. Le siège de ïhionville n'avançait pas ; Biron venait de lancer son lieutenant Custine sur Worms et sur Spire. La discorde régnait parmi les chefs des armées combinées. Le roi de Prusse faisait entendre des plaintes amères contre le contingent autrichien , qui l'avait fort mal secondé, et contre les émigrés, qui l'avaient trompé. Il avait cru n'avoir affaire qu'à des troupes désorganisées, et il avait vu ses vieilles bandes arrêtées, dès la première affaire, par la solidité inébranlable des soldats de Kellermann et de Dumouriez. On lui avait dit que l'immense majorité de la population n'attendait que sa venue pour se prosterner à ses pieds et reconnaître l'autorité souveraine des frères du roi qu'il traînait à sa suite, et, sauf quelques adhésions isolées, le vide s'était fait autour de lui; les habitants s'enfuyaient à l'approche de ses troupes, emmenant leurs bestiaux, et leurs équipages, quand ils ne se ruaient pas à coups de fourche et de faux sur les soldats isolés et sur les fourrageurs. On avait prétendu que l'armée française n'avait plus à sa tête que des offi-
Source gallica.bnf.fr / Bibliothèque nationale de France