LIVRE XVI
ciers ignorants et grossiers, recrutés dans les boutiques de Paris, et depuis le commencement des hostilités, son état- major avait été en rapport avec des généraux qui avaient repoussé avec noblesse les offres les plus brillantes, montré les sentiments les plus délicats, fait preuve des talents les plus distingués.
Dès le 22, Dumouriez avait eu une conférence avec le colonel Manstein, adjudant général du roï de Prusse. Cette conférence avait eu pour prétexte ostensible le règlement d'un cartel d'échange de prisonniers, mais beaucoup d'autres questions y avaient été traitées. Les jours suivants, d'autres conversations avaient eu lieu entre divers généraux commandant les avant-postes de l'armée prussienne et les généraux Duval , Thouvenot et Desprez de Crassier; Westermann avait même été mêlé aux questions qui s'y étaient débattues. Les négociateurs prussiens n'avaient insisté que sur un seul point : le sort réservé à Louis XVI et à sa famille; mais, tout en étant d'accord avec leurs interlocuteurs pour le déplorer, les généraux français avaient déclaré qu'une telle affaire n'était pas de leur compétence. Jusqu'à quel point ces conférences furent-elles poussées, c'est ce qu'il est impossible de dire; mais il est certain que l'on désira convaincre le roi de Prusse que Louis XVI n'avait à subir au Temple aucun mauvais traitement, et que Manuel, en sa qualité de procureur-syndic de la Commune, fut chargé de réunir tous les arrêtés pris par. la Commune à ce sujet, pour les expédier au camp de Dumouriez 1 .
■1. Le Moniteur, n° 272, séante du 26 septembre iiu soir, raconte
Le cartel d'échange avait été signé le 2à; il ne concernait que les troupes prussiennes, autrichiennes et hessoises , sous les ordres do duc de Brunswick , du général Clairfayt et du prince de Hohenlohe; dès iors les émigrés n'y étaient pas compris. Dumouriez avait refusé péremptoirement d'admettre ceux-ci au bénéfice du cartel. « Ce sont, s'était-il écrié, des Français armés contre leur patrie, et faisant la guerre en leur propre nom; les Prussiens n'ont pas à stipuler pour eux. » Manstein n'insista pas et, par une prétention calculée, le voi de Prusse consentit à abandonner à leur malheureux sort ceux des émigrés qui tomberaient entre les mains des corps de partisans lancés dans toutes les directions, sur les flancs et sur les derrières de l'armée envahissante. Il faut bien le dire, en cette circonstance, la conduite des chefs de l'armée coalisée n'eut rien de chevaleresque; le roi de Prusse, autorisant son officier de confiance, Manstein, à mettre son nom au bas de ce cartel, semblait se venger lâchement de la déconvenue que les illusions et les bravades des émigrés lui avaient fait subir.
Y eut-il une convention secrète entre Dumouriez et le roi de Prusse? Le général français promit-il de ména-
en quelques mois l'incident auquel donna lieu cette démarche de Manuel et l'espèce de dénonciation que les délégués de la Commune vinrent apporter, à la barre de la Convention contre l'ex-j/rocureurpyntiie. Plus lard ce fait fut reproché par Fouquier-Tinvillc ;i Manuel devant lo tribunal révolutionnaire et devint l'un dos chefs (le l'accusation qui le lit envoyer à la mort. (Voir le Bulletin, du tribunal révolutionnaire, n"* 8 V. 85 ot. 86.)
Source gallica.bnf.fr / Bibliothèque nationale de France