‹ Histoire de la Terreur 17921794. T. quatrièmeChapitre 80 sur 236 · LIVRE XVI · texte numérisé non relu

LIVRE XVI

ger une retraite facile à l'armée prussienne, tandis qu'il ferait porter tout l'effort de ses troupes sur les émigrés et sur les Autrichiens de Clairfayt? C'est ce qu'ont assuré beaucoup d'historiens, c'est ce qu'il sera toujours difficile d'éclaircir. Il nous semble plus probable que Dumouriez, même après la rupture des pourparlers avec Frédéric Guillaume et ses généraux, n'ait pas voulu risquer dans une bataille rangée le succès de la campagne et qu'il ait préféré des succès partiels, mais sûrs, à des éventualités plus brillâmes, mais aussi bien plus périlleuses 1 .

Quoi qu'il en soit, au moment même où le duc de Brunswick s'apprêtait à effectuer sa retraite, il eut l'incroyable idée d'envoyer à Dumouriez une proclamation où, persistant dans son trop fameux manifeste, il notifiait au peuple français et à ceux qui se qualifiaient d'envoyés par la nation, pour assurer ses droits et son bonheur sur des bases plus solides 2, la résolution que l'empereur et le roi de Prusse avaient prise, et dont ces deux souve-

1. Nous avons réuni dans une note spéciale, placée à la fin de ce volume, différentes lettres confidentielles qui nous paraissant donner à celle campagne sa véritable pliysionomie.

2. Le duc de Brunswick, par cette expression ironique, entendait parler de la Convention qui venait de se réunir: il employait les termes dont l'Assemblée elle-même s'étaif servie dans sa proclamation aupeuple français.

Cette déclaration du duc de Brunswick, datée du quartier général de Haus en Champagne, le 2S septembre 1"/92, se trouve in extenso dans le numéro du Moniteur du 2 octobre, page 4172. Dumouriez. en la recevant n'y répondit qu'en (a faisant, imprimer pt distribuer à toute son année. La Convention en lit justice en l'accueillant par un rire universel.

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rains ne se départiraient jamais, « de rendre à Sa Majesté Très-Chrétienne sa liberté, sa sûreté et sa dignité royale, ou de tirer une juste et éclatante vengeance de ceux qui oseraient y attenter plus longtemps. »

De son côté, le pouvoir exécutif, instruit des négociations que, sous divers prétextes, les chefs des armées combinées avaient entamées avec les généraux français, ordonna à Dumouriez de leur faire connaître que la République n'écoulerait aucune proposition avant que son territoire ne fût complètement évacué. Cette déclaration mit fin à la suspension des hostilités qui, de fait, avait eu lieu depuis huit jours sur le front des deux armées.

Brunswick commença sa retraite dans la nuit du 30 septembre au 1er octobre. Dès que le camp occupé pendant douze jours par le roi de Prusse fut évacué, Dumouriez y envoya une brigade sous les ordres de Dampierre. Celui-ci le trouva plein de cadavres d'hommes et de chevaux et fut obligé de l'abandonner aussitôt, de peur que ses troupes ne contractassent la maladie à laquelle venaient de succomber lant de soldais ennemis. Dans tous les villages dont les Français reprenaient successivement possession, le même spectacle s'offrait à leurs yeux. À Grand-Pré, où avait été établi le principal hôpital des Prussiens, on constata qu'ils avaient enterré plus de trois mille morts dans les champs environnants. La route parcourue par l'ennemi était jalonnée par des débris de caissons et de chariots. Les Français laissèrent passer sans les inquiéter plusieurs convois de malades, autant par humanité que par crainte de s'infecter eux-mêmes. Mais, si l'on négligeait les malades, on pour-

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suivait vigoureusement les hommes valides. Pendant les huit jours que Brunswick était resté immobile au pied du plateau de Valmy, Duniouriez, prévoyant qu'il ne pourrait faire autrement que de battre en retraite, avait eu la précaution de jeter une bonne partie de sa cavalerie sur les flancs de l'ennemi. Beurnonville et Dillon, lancés à sa poursuite, ne lui laissaient ni trêve ni répit et lui enlevaient chaque jour des centaines de prisonniers et un bon nombre d'équipages. Pendant ce temps, Miaczinski, qui commandait à Sedan, devait inquiéter la marche des Austro- Prussiens au moment où, débouchant des défilés de l'Argon ne, ils se dirigeraient vers la Meuse pour la traverser. Enfin, par la route de Rethel à Mezières restée libre, le général Chazot, avec quatre bataillons et deux escadrons, allait renforcer la petite armée de M iaczinski et la mettre à même de tenir la campagne.

Trois commissaires de la Convention, Sillery, Carra et Prieur (de la Marne), étaient arrivés à l'armée de Dumouriez; ils avaient approuvé tout ce qu'il avait fait, et journellement ils écrivaient à la Convention les lettres les plus rassurantes, lui faisaient part et des désastres éprouvés par l'armée en retraite et de l'ardeur des troupes qui la poursuivaient l'épée dans les reins. «-Jamais, écrivaient-ils, guerre ne s'est faite avec plus d'activité et de gaieté que celle-ci; nous ne chantons plus ça ira! mais cela va. »

Le 4 2 octobre, Dillon occupa les hauteurs voisines de Verdun, et somma le général ennemi d'avoir à se retirer dans la journée, s'il voulait éviter une inutile effusion de sang, ne pas être inquiété dans sa retraite et assurer le

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transport de ses malades. Quelques heures après, la porte de secours de la citadelle fut livrée aux Français, qui, le lendemain , reprirent pleine et eotière possession de la place. Le 18 octobre, Kellerman , ayant forcé les avantpostes ennemis à coups de canon, se trouva en vue de Longwy. Le duc de Brunswick et le général Kalkreutli lui envoyèrent un parlementaire; mais Kellermann, moins accommodant que Dillon, répondit qu'il ne pouvait entrer dans aucune conférence tant que l'armée ennemie serait sur le territoire de la République. Le parlementaire offrit de remettre Longwy le 26; Kellermann exigea cette remise pour le 22. Ce jour-là, à dix heures du matin, l'évacuation de la place s'opéra; à quatre heures de l'aprèsmidi, le drapeau français fut replanté au point extrême de notre frontière de l'est. Le lendemain , Kellermann lit tirer, dans toutes les places de son commandement, trois salves d'artillerie pour annoncer qu'il n'existait plus d'ennemis sur le territoire de la République.

Dumouriez nourrissait toujours son projet favori : envahir les Pays-Bas autrichiens avant l'hiver. Il n'avait pas un instant à perdre pour exécuter la deuxième partie de son vaste plan. D'ailleurs, Lille était sérieusement menacée; le duc de Saxe-ïeschen venait de s'établir, avec vingt-cinq mille hommes, devant ce boulevard de ta Flandre française.

DUlon et Kellermann olant chargés de poursuivre

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le roi de Prusse, Du mouriez se dirige sur Vouziers avec une partie de son armée. Arrivé dans cette ville, il fait filer ses troupes sur Valenciennes, et écrit au ministre de la guerre pour lui rendre compte des derniers ordres qu'il a donnés, et lui annoncer sa prochaine arrivée à Paris. « Car il ne croit pas, dit-il dans sa lettre, que le devoir d'un général consiste à marcher à la tête ou à la queue de ses colonnes, lorsqu'elles ne sont pas devant l'ennemi; il préfère employer le temps qu'elles mettront à atteindre leur destination, en allant conférer avec le conseil exécutif sur tous les détails qui peuvent faire réussir les opérations militaires qu'il médite. » En même temps il dénonce au ministre un fait très-grave qui s'est passé trois jours auparavant à Rethel, et sur lequel le général Chazot vient de lui adresser uu rapport circonstancié.

Déjà les divers généraux sous ses ordres avaient eu plusieurs fois à se plaindre de l'insubordination de quelques-uns des bataillons de volontaires parisiens; des désordres, des rixes violentes, des meurtres même1 avaient marqué leur passage dans plusieurs villes. Dumouriez, surtout depuis qu'il était victorieux, avait résolu de faire un exemple. Il n'attendait qu'une occasion ; elle venait de lui être fournie.

La garde nationale de Rethel, en poussant une reconnaissance vers Vouziers, avait arrêté quatre in-

1. Le lieutenant-colonel du 38e de ligne avait été égorgé à Ctnilons. Son corps avait été jeté dans un des bras de la Marne, et. sa tcte dans l'autre. {Journal des Débats et Décrets, séance du "il septembre, ii° 2, p. 29.)

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IIISTOIlilï DE LA TflfiBBOn.

dividus, qui s'étaient déclarés déserteurs de l'armée prussienne et avaient demandé à servir sous les drapeaux français; amenés à Rethel le même jour, trois d'entre eux s'étaient engagés dans le 10e dragons, et le quatrième, qui était chirurgien, s'était mis à la disposition du général Gliazot. Celui-ci venait d'arriver dans cette ville avec deux bataillons de volontaires parisiens, le Mauconseil et le Républicain. Le fameux patriote Palloy, qui commandait ce dernier bataillon, entend parler des quatre déserteurs; sous prétexte qu'ils pourraient bien être quatre émigrés, il les fait saisir pendant la nuit par des énergumènes de sa trempe qu'il appelait « ses apôtres, » les accable de mauvais traitements, et leur tient cet infâme propos : « J'ai promis d'envoyer quatre têtes d'émigrés à Paris. J'y enverrai les quatre vôtres cachetées dans des boîtes de plomb avec de l'eau-de-vie. »

Le lendemain matin, dès sept heures, une députation de volontaires parisiens se présente chez le général Chazot, et demande qu'on juge à l'instant même les quatre émigrés que Palloy a découverts. Chazot veut haranguer les émeutiers qui, réunis sous les fenêtres de l'hôtel qu'il occupe* appuient par leurs clameurs la demande de leurs délégués-, mais on lui réplique : « Si le général s'oppose à nos désirs, il faut l'expédier luimême! » Espérant faire une diversion à l'émeute, Chazot annonce- que l'ennemi se montre à deux lieues de Rethel, et ordonne de battre la générale. Mais, au lieu de se rallier sous leurs drapeaux, les amis de Palloy se saisissent des quatre prisonniers et les mettent en

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