‹ Histoire de la Terreur 17921794. T. quatrièmeChapitre 8 sur 236 · LIVRE XIV · texte numérisé non relu

LIVRE XIV

ménager tous les partis et de changer de langage en changeant d'auditoire, il n'est pas, à beaucoup près, aussi explicite qu'il l'a été ia veille devant l'Assemblée nationale. Il ne demande pas mieux que de rejeter sur une impérieuse nécessité toutes les illégalités que l'on peut reprocher au Comité. 11 se hasarde seulement à exprimer le regret que Panis et ses collègues aient pris Marat pour collaborateur. C'était la première fois qu'à ce nom, jusque-là toujours applaudi dans cette enceinte, s'attachaient des paroles de blâme. Aussi Pétion s'arrêtel-il un moment pour voir comment ses paroles seront accueillies.

Aucun murmure , aucune protestalion ne se fait entendre. Pétion enhardi ajoute : « Ce Marat est un fou atrabilaire ou le plus grand ennemi de la liberté. »

La réaction qui s'opérait dans la masse de la population parisienne et même dans l'auditoire habituel qui garnissait la salle des séances de la Commune était déjà si accentuée, que de vifs applaudissements accueillent ces paroles.

Pétion, de plus en plus rassuré, croit donc pouvoir généraliser un peu plus ses reproches et s'élever contre « le triomphe éphémère de ces prétendus patriotes, qui, n'ayant aucune responsabilité, agitent le peuple sans cesse et entretiennent ses défiances. En quel état affreux se trouverait Paris, ajoute- t-il, si les gens riches fuyaient loin de ses murs, si la Convention nationale, craignant d'y faire son séjour, entraînait avec elle dans une autre ville et le conseil exécutif et tous les bureaux, changeait ainsi le centre de toutes les affaires et de toutes

Source gallica.bnf.fr / Bibliothèque nationale de France

les personnes dont le concours alimente cette ville immense? »

Panis ne croit pas devoir réfuter ces dernières considérations, mais il tente un effort suprême pour défendre son ami. « Marat est un homme extraordinaire, dit-il, hors de la règle commune ; il ne dort point, il est sans cesse occupé de la chose publique; son expérience, ses connaissances très-étendues, lui ont fait prédire tout ce qui est arrivé. Avec une âme brûlante, une imagination vive et toujours tendue vers le même objet, est-il étonnant qu'il dise des choses extraordinaires ! Mais il serait le premier à couvrir de son corps le plus criminel des aristocrates. // a provoqué les vengeances les plus terribles, mais c'était pour effrayer les scélérats, pour qu'une crainte salutaire les détournât de leurs affreux projets... Au reste, dans le sein du comité de surveillance, jamais Marat n'a eu d'influence particulière, jamais son avis n'a prévalu sur celui d'aucun autre patriote. »

Le conseil coupe court à cette discussion et se hâte d'adopter deux arrêtés préparés d'avance, et au moyen desquels il espère donner le change et à l'Assemblée législative, qui n'a plus que quelques jours à vivre, et à la Convention, qui va lui succéder.

Par te premier de ces arrêtés, il déclare que :

« CeuK des membres adjoints au comité de surveillance qui n'ont point été nommés par leur section, ne peuvent revêtir de leur signature aucun des actes de l'autorité publique émanés de ce comité. »

Par le deuxième :

« Il reconnaît lui-même qu'il importe à la chose

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