LIVRE XVI
citoyens, venaient d'imprimer à l'honneur français, et lui demandait de fixer elle-même la punition exemplaire ([«'ils méritaient.
La Convention couvrit d'unanimes applaudissements la lettre de Dumouriez. Treilhard appuya vivement sa demande : « A l'égard des scélérats, dit-il, qui ont violé les droits de l'hospitalité en massacrant quatre soldats déserteurs des armées ennemies, le général a fait son
devoir Il est essentiel que vous prononciez sur le
genre de peine à leur appliquer II existe une loi
qui prononce la peine de mort contre les criminels qui vous sont dénoncés; il est temps que le peuple sache que la loi punit également les chefe et les soldats coupables. Je demande que la Convention ordonne que les volontaires de la section Mauconseil et fédérés de la République soient traduits dans la ville qu'elle désignera; qu'une cour martiale y soit convoquée, et les criminels juges sans appel. »
Le jour même, Albitte, au nom du comité de la guerre, présentait, et l'Assemblée adoptait, un décret qui approuvait les mesures prises par Dumouriez contre les bataillons de Mauconseil et de la République. Le pouvoir exécutif était chargé de prendre les mesures les plus promptes et les plus sûres pour la punition des coupables.
Le lendemain de son arrivée à Paris, le 12 octobre, Dumouriez vient offrir ses hommages à la Con-
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ventton nationale. Admis avec empressement à la barre, il est salué des plus vifs applaudissements et par l'Assemblée et par les tribunes:
« Citoyens législateurs, dit-il, la liberté triomphe partout; guidée par la philosophie, elle parcourra l'univers et s'assoira sur tous les trônes....- Cette guerre-ci sera la dernière; les tyrans et les privilégiés, trompés dans leurs criminels calculs, seront les seules victimes du pouvoir arbitraire contre la raison-
« L'armée dont la confiance de la nation m'avait donné la conduite, a bien mérité de la patrie. Réduite, lorsque je l'ai jointe le 28 août, ù dix-sept mille hommes, désorganisée par des traîtres, elle n'a été effrayée ni du nombre, ni de la discipline, ni des menaces, ni de la barbarie, ni des premiers succès de quatre-vingt mille satellites du despotisme. Les défilés de la forêt de l'Argonne ont été les Thermopyles où cette poignée de soldats de la liberté a présenté, pendant quinze jours, à cette formidable armée une résistance imposante. Plus heureux que les Spartiates, nous avons été secourus par deux armées animées du même esprit que nous; nous nous sommes rejoints dans le camp inexpugnable de Sainte-Menehould. L'ennemi au désespoir a voulu tenter une attaque qui ajoute une victoire à la carrière militaire de mon collègue et de mon ami Kellermann... Cette partie de la République présente un sol aride, sans eau et sans bois. Les Allemands s'en souviendront. Leur sang impur fécondera peut-être cette terre ingrate qui en est abreuvée. Nos soldats étaient mal habillés, sans paille pour se coucher, sans
couvertures, quelquefois deux jours sans pain... Jamais je ne les aï vus murmurer; les chants et la joie auraient fait prendre ce camp terrible pour un de ces camps de plaisance où le luxe des rois rassemblait autrefois des automates enrégimentés pour l'amusement de leurs maîtresses et de leurs enfants. L'espoir de vaincre soutenait les soldats'de la liberté. Leurs fatigues, leurs privations ont été récompensées. L'ennemi a succombé sous la saison, la misère et les maladies. Cette armée formidable fuit, diminuée de moitié. Kellermann la poursuit avec plus de quarante mille hommes, pendant qu'avec un pareil nombre, je marche au secours du département du Nord. »
De peur que certains de ses ennemis ne chercbent à exploiter contre lui, comme naguère on l'avait fait contre Lafayette, son apparition à la barre de l'Assemblée, Dumouriez ajouté : « Je n'ai point abandonné mon armée, elle est en marche sur Valenciennes et ne doit entrer en campagne que du 20 au 25. Je ne suis venu passer quatre jours ici que pour arranger avec le Conseil les détails de cette campagne d'hiver. J'en profite pour vous présenter mes hommages; je ne vous ferai point de nouveaux serments- Je me montrerai digne de commander aux enfants de la liberté, et de soutenir les lois que ce peuple souverain va se faire lui-même par votre organe. »
Le discours de Dumouriez est salué par une triple salve d'applaudissements; avant de quitter la barre, le général et plusieurs des officiers qui l'accompagnent
déposent sur le bureau leur décoration militaire1; ce qui leur vaut de nouvelles acclamations, lorsqu'ils traversent la salle pour aller jouir au banc des pétitionnaires des honneurs de la séaDce auxquels le président vient de les inviter.
Cependant deux officiers sont restés à la barre, pour offrir à la Convention « le premier étendard arracfié aux émigrés par les soldats de la liberté. » Le président accepte cet hommage, mais Vergniaud s'écrie :
■ « Ce signe de rébellion ne doit pas être suspendu aux voûtes de ce monument; ce signe, autour duquel se sont rangés des brigands sans courage, qui ont voulu déchirer le sein de leur patrie, ne doit point souiller vos regards. Je demande qu'il soit livré, comme les traîtres qui le portent, à l'exécuteur de la haute justice pour être brûlé au lieu ordinaire des exécutions. »
Un décret est rédigé à l'instant même par l'auteur de la proposition et adopté sans discussion aucune 2.
4. Depuis un mois, un certain nombre d'officiers appartenant à rA=serablée, ou désirant s'attirer sa bienveillance, étaient venus faire hommage à la nation de leur croix de Saint-Louis. Dumouriez ne fit que se conformer à la mode du moment et ne prit pas l'initiative de cette espèce de dégradation militaire. La belle institution de Louis XIV ne fut régulièrement abolie que quelques jours après. Ce fut Manuel qui en fit la motion et la motiva ainsi :
a La croix de Suint-Louis est une tache sur un habit. Il la faut effacer. La croix de SaîiU-Louis était la marque dont les rois notaient leurs esclaves. Dans une république toutes ces marques dislinctives doivent disparaître. Je demande que lous les officiers qui en sont décorés soient tenus de la remettre sur le bureau de la Convention. » (Moniteur, n° 290, séance du 15 octobre 1792. )
2. Le décret fut exécuté le 4 novembre, après un jugement rendu
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