‹ Histoire de la Terreur 17921794. T. quatrièmeChapitre 83 sur 236 · LIVRE XVf · texte numérisé non relu

LIVRE XVf

DuiDOuriez, en sortant de la Convention, alla à l'Opéra assister à une représentation de gala. C'était se montrer fidèle aux traditions de l'ancien régime. Mais, le lendemain 13, il voulut prouver qu'il savait se plier aux mœurs républicaines et rendit visite à l'une des plus importantes sections de Paris, celle des Lombards. Elle avâit manifesté plus d'une fois des tendances girondines, et s'était montrée* dans plusieurs occasions, disposée à tenir tête aux montagnards de l'Assemblée et de la Commune. Sachant que, d'un moment à un autre, il pouvait être attaqué par Ma rat et ses amis, pour l'affaire des deux bataillons, le Mauconseil et le Républicain, l'habile général tenait essentiellement à prendre pied sur le terrain même de ses adversaires et à leur enlever leur plus puissant moyen d'action en opposant les unes aux autres les sections révolutionnaires. 11 avait même unê paix particulière à faire avec les Lombards, parce qu'il avait dû sévir contre quelques volontaires appartenant au bataillon que cette section avait envoyé aux frontières *. Il tenait à séparer la cause de ces volontaires de celle des fédérés qui s'éta'ient rendus coupables des meurtres de Rethel et qu'il venait de signaler si vigoureusement à la vindicte publique. Montrer de l'indulgence pour les uns afin de pouvoir être plus sévère pour les autres, était un coup

le 2 par le tribunal criminel du département de Paris. (Moniteur, a" 'MO.)

1. Le Moniteur du 43 octobre contient sur l'affaire du bataillon des Lombards une longue note évidemment rédigée sous l'inspiration de Dumouriez qui était arrivé l avant-veille à Paris.

de maître dont l'opportunité n'échappa pas à l'esprit avisé de Dumouriez.

Il parut aux Lombards, accompagné de Santerre qui venait d'être nommé général de brigade à raison de ses glorieux exploits du 10 août *.

Ces deux généraux si différents d'origine, d'habitudes, de caractère, de talents, étaient aux petits soins l'un vis-à-vis de l'autre. Santerre, désireux de faire rejaillir sur ses épaulettes toutes neuves un rayon de la gloire qui entourait le défenseur de l'Argonne, recherchait toutes les occasions de paraître en public aux côtés de Dumouriez. L'agent de la diplomatie occulte de Louis XV voulait obtenir de l'ex-brasseur du faubourg Saint-Antoine la disposition immédiate du matériel considérable amassé dans le camp sous Paris, matériel qui lui était indispensable pour son entrée en campagne dans les provinces belges2. La vanité chez l'un, l'ambition chez l'autre, faisaient tous les frais de celte liaison subite qui étonnait tout le monde.

Dumouriez savait admirablement prendre le ton qui convenait au public devant lequel il parlait. Abandonnant la phraséologie emphatique, dont il avait donné la veille un si brillant échantillon à la Convention, il enleva l'enthousiasme de son auditoire populaire à force de rondeur et de bonhomie.

1. La nomination de Santerre au grade de général de brigade est annoncée dans le Moniteur du 23 octobre, n° 297; mais nos recherches au ministère de ia guerre nous ont permis de vérifier qu'elle date du 14 octobre.

2- Voir les Mémoires de Dumouriez, lome I*', page 346, édition de -13-48.

Source gallica.bnf.fr / Bibliothèque nationale de France

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