‹ Histoire de la Terreur 17921794. T. quatrièmeChapitre 88 sur 236 · LIVRE XVI · texte numérisé non relu

LIVRE XVI

venaient se ranger sous les éiendards de la République, et qui, de fait, depuis l'avant-veille, avaient contracté un engagement pour rejoindre le 10e régiment de dragons à Rocroy. La lecture de ces pièces, produites par le rapporteur Lasource, fait une telle impression sur l'Assemblée, que Marat croit devoir lui-même expliquer qu'il n'a jamais été dans son intention de disculper les bataillons d'avoir voulu prévenir l'action de la justice. « Ils ont manqué à la forme, ajoute-t-il, mais vous voyez que vos généraux en avaient imposé lorsqu'ils vous ont représenté les quatre malheureuses victimes de cette affaire comme des déserteurs prussiens. Les lettres particulières arrivées des bataillons prouvent que cette affaire a été l'effet d'une rixe particulière, car les quatre déserteurs ont été tués dans un cabaret où ils avaient été reconnus comme émigrés*. Les volontaires voyaient que vos décrets contre les prévenus d'émigration n'étaient pas exécutés; ils se sont fait justice eux-mêmes, voilà tout. Mais était-ce une raison suffisante pour vous faire voter les mesures violentes et atroces que l'on vous a proposées? J'ai rempli mon devoir, je me relire. »

Kersaint déclare qu'il est heureux de pouvoir apprendre à l'Assemblée que les deux bataillons se sont empressés de rentrer eux-mêmes dans le devoir et de

1. Ici Marat mentait sciemment, car toutes les pièces qu'il avait en main prouvaient que, depuis quatre ou cinq heures, les déserteurs étaient entre les mains de Palloy et de ses apôtres, et qu'à supposer qu'il y avait eu une rixe de cabaret au début de l'affaire, cette rixe avait été apaisée longtemps avant le meurtre.

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livrer les coupables à la justice. Aussitôt leurs armes leur ont été rendues, et dans ce moment même ils sont en marche pour l'armée du Nord, brûlant d'effacer dans le sang des ennemis la tache dont un mouvement d'erreur avait couvert leur patriotisme.

Boileau n'ajoute que quelques mots pour préciser la moralité que l'on doit tirer de ce pénible débat et pour flétrir de nouveau celui qui l'a audacieusement soulevé :

« Un agitateur, s'écrie-t-il , dont le nom seul fait frémir d'horreur, vous a dit qu'il ne prétendait pas justifier l'assassinat des quatre déserteurs prussiens. Je vous dirai qu'hier il a voté à la tribune des Jacobins pour qu'on accordât aux auteurs du crime une couronne civique. Citoyens, que ce trait caractéristique nous apprenne à connaître l'homme qui vient sans cesse parler au nom du peuple. Je demande qu'on ne s'occupe plus de lui, et que, lorsqu'il parlera à cette tribune, elle soit à l'instant purifiée. »

L'Assemblée, pleinement édifiée sur la valeur des accusations de Marat, passe à l'ordre du jour. Le lendemain, Dumouriez partait pour Valenciennes, et allait rejoindre le corps d'armée qui avait quitté celte ville un mois auparavant, s'était trouvé au jour dit sur le plateau de Valmy et était revenu à son point de départ pour assister à la seconde partie du programme de son général : l'invasion de la Belgique.

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