‹ Histoire de la Terreur 17921794. T. quatrièmeChapitre 89 sur 236 · LIVRE XVI · texte numérisé non relu

LIVRE XVI

Le mouvement opéré dans les premiers jours de septembre par Beurnonville, sur l'ordre exprès de Dumouriez, avait considérablement affaibli la frontière du nord -ouest. Le duc Albert de Saxe-Tescben, gouverneur des Pays-Bas et beau-frère de Marie-Antoinette, en avait profité pour entrer en France et pour s'emparer de Roubaix, Turcoing, Saint-Amand, Orcbies. Le 16 septembre, les Autrichiens étaient sous les murs de Lille.

Les courageux habitants de cette grande cité se préparaient depuis quelques jours à Paltaque dont ils étaient menacés. Ils savaient qu'ils ne pouvaient attendre aucun secours ni de Dumouriez, alors occupé à concentrer toutes les ressources de la France à Valmy, ni du pouvoir exécutif, qui, par l'organe de Roland, leur déclarait ne pouvoir leur accorder les renforts et les munitions que la municipalité et l'autorité militaire, à Tenvi l'une de l'autre, réclamaient comme indispensables a la conservation de la principale place forte du nord de la France 4.

La garnison de Lille n'était composée que de quatre mille hommes de troupes et de six mille gardes nationaux; mais parmi ceux-ci elle comptait un certain

i. I) existe dans les archives de Lille deux dépêches de Roland, qui sont, à notre avis, la condamnation la plus éclatante de cet

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nombre de compagnies de cauonniers sédentaires, exercés de longue main à la manœuvre de l'artillerie de rempart; leur organisation datait de plusieurs siècles et attestait la sagesse de la constitution municipale des anciennes cités flamandes.

Ce fut à ces canonniers que Lille dut en grande partie son salut. Ainsi, à quelques jours de dislance, sur le plateau de "Valmy comme sur les remparts de Lille, armée et garde nationale allaient montrer aux rois coalisés tout

homme, l'un des types les plus extraordinaires de la raideur et de l'ineptie. On ne peut concevoir comment un ministre, qui se prétendait ami de la liberté, osa écrire les lettres suivantes à une municipalité honorable qui allait s'immortaliser à jamais par une défense héroïque.

« Aux officiers municipaux de la ville de Lille.

f le 15 septembre n&ar, an iv< de ln liberté.

u Les gémissements continuels que vous poussez, messieurs, sont fatigants. Le ministre de la guerre m'assure que vous êtes approvisionnés en munitions, en hommes et en vivres, de manière à résister à des forces bien autrement imposantes que celles dont vous êtes menacés. Vous demandez des armées ; mais à quoi serviraient donc des places fortes s'il fallait toujours les défendre par des camps? Votre place défiait les potentats du Nord, lorsqu'elle n'avait que des satellites du despotisme dans ses murs; et elle tremblerait aujourd'hui qu'elle est défendue par les soldats de la liberté! Cessez, messieurs, cessez des plaintes pusillanimes et déshonorantes; ayez la noble fermeté de vous ensevelir sous les ruines de vos fortifications; que vos ennemis connaissent ce généreux dévouement, et vous les verrez fuir.

« Ils n'inondent votre territoire, ils ne vous harcèlent que parce qu'ils espèrent trouver des traîtres ou des lâches. Voilà, messieurs, ce que mon âme, opprimée par votre manque de courage, doit vous dire.

« J'ajouterai cependant pour exciter votre confiance que, si des

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