LIVRE XVI
ce que le génie de la liberté peut enfanter de dévouement et d'héroïsme, et leur apprendre à leurs dépens qu'ils n'auraient pas aussi bon marché qu'ils le croyaient des idées nouvelles.
Albert de Saxe-Teschen avait amené vingt-cinq mille hommes, huit mille chevaux, douze mortiers, cinquante canons. Ce n'était pas assez pour investir entièrement la place, mais c'était plus que suffisant pour lui faire éprouver toutes les horreurs d'un bombardement. En
dangers pressants vous environnaient, on volera de toutes paris pour détruire et combattre vos assaillants. ■
« Le ministre de l'intérieur,
« Roland. »
La municipalité do Liile ayant, dans une lettre digne et noble, ro poussé les oulr-au'es. gratuits de Roland et déclaré qu'à ses yeux la dépêche a dont la lecture avait fait bondir tous les Lillois de rage et d'indignation, » ne pouvait être du ministre, mais bien d'un commis, reçut cette seconde ëpître a la date du 97 septembre :
« Vous paraissez douter, messieurs, que la lettre que je vous ai écrite le 15 soit mon ouvrage. Cessez d'avoir cette crainte injurieuse à l'attention que j'ai de surveiller tout ce qui porte ma signature. Ma lettre du 15 est le résultat d'une conférence du Conseil exécutif provisoire, où j'avais porté vos plaintes. On y calcula les vivres, forces et munitions que vous aviez; on fut d'accord que la place de Lille, secondée pir la garde nationale de la ville, pouvait défier cent mille assiégeants et leur résister pendant plus d'un mois.
« Je n'ai donc pu traiter que de faiblesse et de pusillanimité les plaintes continuelles que vous m'adressez ; et je vous répète que, si l'ennemi venait à s'emparer de votre ville, il n'y aurait que la perfidie et la lâcheté qui pourraient lui en ouvrir les portes. Voilà mon opinion et je ne craindrai pas d'en rendre juge la France entière.
<i Le ministre de l'intérieur,
« Roland, »
établissant ses batteries de manière à frapper de ses projectiles incendiaires le quartier le plus pauvre, Saint- Sauveur, le général autrichien espérait provoquer un soulèvement de la classe ouvrière et par suite la reddition de Lille.
Le 24 septembre, ses préparatifs étant à peu près achevés, il envoie à la municipalité cette première sommation dans laquelle il tient un langage plein de mansuétude et semble ne vouloir assiéger la cité flamande, que pour resserrer avec ses habitants des relations de bon voisinage :
« Les malheureux événements en France ayant déterminé Sa Majesté l'Empereur et Roi, comme bon voisin de la Flandre française, à venir au secours des bons citoyens de cette province et sauver leur légitime roi et sa famille du malheur qui les accable, nous déclarons, par ceci, que tous ceux qui déposeront leurs armes et se soumettront à la protection que Sa Majesté l'Empereur et Roi leur accorde, seront traités en amis et jouiront de toute la protection de la loi (comme tous les habitants des villes où ils ont pénétré en ont joui) ; mais ceux qui s'y opposeront seront traités comme rebelles à leur légitime souverain.
« Donné à notre quartier général devant Lille, le 2i septembre 1792. „ Albert. »
Cette sommation n'ayant produit aucun résultat, le commandant des forces autrichiennes en adressa une seconde, d'un style un peu différent, à la municipalité de Lille.
Source gallica.bnf.fr / Bibliothèque nationale de France