‹ Histoire de la Terreur 17921794. T. quatrièmeChapitre 92 sur 236 · LIVRE XVI · texte numérisé non relu

LIVRE XVI

Jean Debry à leurs comités, sans vouloir se prononcer en faveur de ces sauvages théories.

Pendantla courte campagne qui venait de se terminer par l'expulsion des étrangers hors du territoire français, plusieurs olficiers supérieurs avaient été l'objet d'attaques très-vives de la part des ultra-révolutionnaires. Une démarche imprudente, un faux mouvement, une position mal expliquée suffisaient à la soupçonneuse société des Jacobins pour formuler contre un chef militaire, quelques services qu'il eût rendus antérieurement, une virulente accusation qui trouvait deTécho jusque dans le sein de l'Assemblée nationale. Dès les premiers jours de son existence, la Convention n'avait pu résister à la tentation d'appeler à sa barre les généraux, qui en bonne règle ne devaient avoir à répondre de leur conduite qu'au ministre de la guerre, seul intermédiaire possible entre le pouvoir législatif et la force armée.

On avait vu son président interroger pendant deux heures le général Duhoux, accusé d'avoir laissé la ville de Reiras dégarnie de troupes. Mais de cet officier assez obscur, et qu'un décret ne tarda pas à renvoyer à ses fonctions, on passa bientôt à des généraux plus en renom, Luckner et Dillon.

Luckner, comme nous l'avons vu, avait été affublé du titre de généralissime lorsqu'on avait voulu lui retirer

le commandement de l'armée du Centre; maïs il avait été sous-entendu que ce titre masquerait sa disgrâce et qu'il serait relégué à Châlons sur les derrières des armées qui couvraient alors la frontière. Là on lui avait confié la mission, bien peu compatible avec ses habitudes d'ancien chef de partisans, de veiller à la réception, à l'enrôlement et à la première instruction militaire des volontaires nationaux.

L'un des dictateurs de l'Hôtel de Ville, l'un des organisateurs des massacres de septembre, Îïillaud-Varennes, lui avait été expédié pour surveiller de près sa conduite en qualité de commissaire du pouvoir exécutif. L'émissaire de Danton resta une quinzaine de jours au quartier général de Luckner et en revint avec un acte d'accusation tout dressé contre le vieux maréchal. Ce fat par la lecture de cet acfe que cet homme, la plus sombre personnification du despotisme démagogique, prit possession du siège que ses coreligionnaires politiques lui avaient ménagé pendant son absence, et qu'il commença la longue série des dénonciations au moyen desquelles il mit, pour ainsi dire, en coupe réglée les généraux de l'armée française.

Cette première fois, la Convention ne "voulut pas écouter le futur inquisiteur du comité de salut public et se rendit à l'observation de Ducos, qui fit remarquer avec raison qu'il était impossible de délibérer des plans dp campagne en séance publique. On se borna d'abord à inviter Luckner à venir résider à Paris, afin d'éclairer le pouvoir exécutif de ses avis. Mais, quand le maréchal se fut rendu a cette invitation, on ne le consulta sur rien,

Source gallica.bnf.fr / Bibliothèque nationale de France

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