‹ Histoire de la Terreur 17921794. T. quatrièmeChapitre 93 sur 236 · LIVRE XVI · texte numérisé non relu

LIVRE XVI

on le ballotta de comité en comité et on ajourna de mois en mois le rapport qui devait statuer sur son sort1.

Quelques jours après, ce fut le lourde Dillon. Ce général, qui commandait l'avant-gardo des troupes lancées à la poursuitè de l'armée austro-prussienne, avait écrit au landgrave dé Hesse, l'un des généraux de cette armée, une lettre assez extraordinaire, par laquelle il l'invitait à reprendre dans les vingt-quatre heures le chemin de son pays, lui promettant, s'il obéissait à cette injonction, de lui laisser le passage libre à travers l'armée française, qui déjà occupait plusieurs points d'où les ennemis pouvaient être sérieusement inquiétés, A la lecture de cette lettre, de violents murmures éclatent au sein de l'Assemblée; Billaud-Va rennes demande la mise en accusation de Dillon. « Il faut que le décret soit immédiatement rendu ! s'écrie Couppé; un jour de retard peut mettre en état de trahir cet officier, qui s'est permis de faire ainsi des propositions de paix. » Un autre membre va jusqu'à réclamer l'arrestation des trois commissaires Carra, Sillery et Prieur, qui par leur présence ont en quelque sorte

1. Ce ne fut que le 8 janvier 1793 que l'Assemblée, après avoir entendu la lecture du rapport fait sur Luckner, rendit un décret ainsi conçu :

m II est permis au maréchal Luckner de se retirer où bon lui semblera, »

Il était impossible de témoigner d'une manière plus insultante lè peu de cas que l'on faisait de ses services. Luckner devait au moins espérer qu'on l'oublierait. Il n'en fut rien, car un an après, son dénonciateur Billaud-Varennes, alors membre du comité de salut public, le fil amener du département de la Heurthe où il s'était retiré, traduire au tribunal révolutionnaire et condamner à mort le 4 S nivôse an n.

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sanctionné la conduite de Dillon, car ils n'ont pas mis la main sur le traître1. »

La Convention cependant ne prend pas ce parti, el demande un rapport au ministre de la guerre; mais le 16 octobre les mêmes débafs se renouvellent à l'occasion de la sommation que Dïllon avait adressée au général prussien Gourbière pour l'évacuation immédiate de Verdun. « Les généraux, ne doivent pas diplomaliser, mais combattre, s'écrie Barrère. — Il doit leur être interdit, ajoute Choudieu, d'entamer quelque négociation que ce soit avec les ennemis de la République, tant que ceux-ci occupent une portion du territoire français. »

Deux jours après, Dillon était rappelé.

Avant Luckner et Dillon, et plus qu'eux encore, un autre général avait été en butte aux attaques incessantes des ultra-révolutionnaires; c'était Montesquiou. Depuis plusieurs mois, de son camp de Cessieux près de Grenoble, il préparait en silence l'invasion de la Savoie, tandis que son lieutenant Anselme se disposait a attaquer le comté de Nice. Mais, aussitôt que les armées austro- prussien nés avaient paru sur la frontière de l'est, le conseil exécutif avait- cru devoir ajourner la double attaque dirigée contre les possessions piémontaises, et avait enjoint à Montesquiou de diriger vers l'armée de Biron et de Kellermann une partie des troupes qu'il avait rassemblées et formées. Dès lors, le général de l'armée du Midi s'était trouvé trop faible pour accomplir la pro-

4. Moniteur, n° 286. — Journal des Débals et Décrets, n" il, p. 399.

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