LIVRE XVI
messe qu'il avait faite aux commissaires de l'Assemblée Législative envoyés près de lui, après le 10 août, d'entrer en Savoie avant le 1er septembre. Cependant, grâce à des efforts extraordinaires, il parvint à ne retarder que de trois semaines l'effet de cette promesse. Le 21 , il franchit la frontière sarde; le 23, il occupa Montmeillan sans coup férir, et, le 25, il fit son entrée triomphale à Chambéry.
Mais pendant qu'en quelques jours il conquérait ainsi à la France une province entière, il était dénoncé à la Convention comme un traître et un lâche. L'Assemblée n'avait pas encore deux jours d'existence, et déjà Tallien (23 septembre) demandait que des commissaires fussent 'envoyés immédiatement au camp de Cessieux pour examiner la conduite de cet ancien membre de l'Assemblée Constituante, suspect à plus d'un titre. « Vous verrez, dit l'ancien secrétaire-greffier de la Commune de Paris, qu'il n'entrera pas en Savoie et désorganisera votre armée! — Je demande, ajoute Garran, que vous déclariez que Montesquiou a perdu la confiance de la nation. » — « Dès qu'un général est soupçonné, dit Chénier, il doit être destitué. Montesquiou d'ailleurs n'a-t-il pas adhéré à la pétition de Lafayette? » Danton, qui cumulait les fonctions de représenfant et celles de ministre de la justice, n'ayant pas encore été remplacé en cette dernière qualité, s'écrie : « 11 est bon que la Convention sache que le Conseil exécutif partage son opinion sur Montesquiou ! » Devant ce toile général, la majorité prononce la destitution réclamée.
Le lendemain, 2/i , arrive la nouvelle de l'entrée de
Montesquiouen Savoie ; le 26, cellede la prise de possession de Montmélian. Aussitôt Lacroix, président du Comité de la guerre, s'élance à la tribune et réclame « la réalisation immédiate'd'un grand acte de justice, dit-il : le rapport du décret du 23. » Gensonné, Lanjuinais, Cou thon luimême parlent dans le même sens. Mais Osselin, Charlier et Danton insistent pour le maintien du décret, sauf à ce que Ton en suspende l'exécution jusqu'après le rapport des commissaires Dubois Crancé, Lacombe Saint-Michel et Gasparin, nommés dans une séance précédente pour se rendre à l'armée du Midi. Le 6 octobre, la Convention reçoit une lettre, datée de Cbambéry, dans laquelle le général vainqueur, après avoir mis à néant les accusations dont il est l'objet, s'écrie :
« Rien ne peut effacer le décret du 23 septembre; il faut que le citoyen qui commande une armée française soit non-seulement pur, mais exempt de soupçon. Je ne sollicite qu'une grâce : c'est la permission de rentrer dans mes foyers, d'y jouir de mes droits de citoyen, et d'y prouver par l'obscurité de ma vie que, si jamais j'ai eu quelque ambition, c'était celle de servir ma patrie1. «
Le lendemain, 7 octobre, les commissaires de la Convention ayant confirmé la nouvelle de l'évacuation complète de la Savoie par les Piémontais, la démission du général victorieux est refusée et le décret de destitution rapporté.
Le lieutenant de Montesquiou, Anselme, avait eu à
à . La lettre de Montesquiou, qui, d'un bout à l'autre, exprime les plus nobles sentiments, se Irouve au Moniteur, n" 281.