‹ Histoire de la Terreur 17921794. T. quatrièmeChapitre 95 sur 236 · LIVRE XVI · texte numérisé non relu

LIVRE XVI

vaincre sur le Var les.mêtûes obstacles qui avaient empêché son chef d'entrer en Savoie aussitôt qu'il l'aurait voulu. Comme lui, il avait été longtemps arrêté par le nombre tout à fait insuffisant des troupes mises à sa disposition. Les Piémontais, au contraire, étaient parfaitement approvisionnés et comptaient huit mille hommes d'infanterie et dix à douze mille hommes de milices du pays; deux cent quatorze pièces de canon, mortiers et obusiers garnissaient Nice, Montalban, les côtes et la rive gauche du Var. Cependant, le 17 septembre, Anselme reçoit de Montesquiou l'ordre d'attaquer. I) presse les autorités militaires de lui fournir des armes et des munitions, tandis qu'il réclame à la municipalité de Marseille l'envoi immédiat de six mille hommes de gardes nationales et de volontaires. Marseille expédie les six mille hommes, fournit des vaisseaux pour leur transport et un million en numéraire1. La mer était Kbre; les Anglais, quoique très-mal disposés, n'avaient pas encore déclaré la guerre à la France et ne pouvaient nous empêcher de bloquer, même de bombarder Nice.

Le contre-amiral Truguet part de Toulon avec une escadre de neuf vaisseaux, arrive le 28 septembre devant cette ville et s'embosse à demi-portée de canon. Pendant ce temps, Anselme, toujours très-faible en troupes régulières, est obligé dese contenter de faire des démonstrations sur les rives du Var, sans cependant le franchir. Mais le général piémontais Saint-André, à la vue de l'escadre

1. Par décret du 23 septembre, la Convention récompensa l'empressement patriotique de Marseille, en déclarant que la cité phocéenne avait bien mérilé de la pairie. Moniteur, n" 271.

iv U

française, prend peur; il désespère de pouvoir défendre contre quelques vaisseaux une ville de quarante mille âmes, il croit déjà que les Français l'entourent et vont lui couper la retraite- Il ramène en arrière les détachements qui défendent la ligne du Var, dissout les milices provinciales et abandonne Nice. De nombreux émigrés (cinq mille, dit- on,) étaient depuis longtemps réfugiés dans cette ville. Ils sont obligés de fuir en toute hâte; un grand nombre d'habitants les suivent.

Les quelques magistrats et notables qui restent, voyant les propriétés menacées de pillage par les aventuriers dont toute cité maritime est remplie, députent au général Anselme le secrétaire municipal Ferrandi, pour lui déclarer que Nice se met au pouvoir et sous la protection de la France.

Ce jour-là même, instruit de la panique de l'ennemi, Anselme passait le Var avec trois mille cinq cents hommes, deux cents dragons et quelques pièces de canon. Cependant, craignant un piège, il hésite encore et s'avance avec une extrême prudence. Mais il rencontre à moitié route l'envoyé de Nice accompagné d'une nombreuse députalion. De peur de faire connaître aux Piémontais, qui ne sont encore qu'à trois ou quatre lieues en arrière, le peu de forces qu'il amène avec lui, il fait halte à quelque distance de la ville et n'y pénètre qu'à la nuit tombante.

La population l'accueille comme un sauveur. Les Piémontais en se retirant avaient laissé garnison dans deux petites places, Montalban et Villefranche. Cette dernière contenait plus de cent pièces de canon, cinq mille fusils, un million de cartouches, beaucoup d'ap-

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