‹ Histoire de la Terreur 17921794. T. quatrièmeChapitre 98 sur 236 · LIVRE XVI · texte numérisé non relu

LIVRE XVI

de son audacieux élan. Il se hâta dè se faire reconnaître général en chef, seulement il se garda bien de rien changer a ses ordres de marche.

Nous ne l'accompagnerons pas en ce moment dans cette pointe aventureuse d'où devait dépendre le destin de la seconde campagne de i792. Suivra-t-il les bords du Rhin pour se rabattre sur les derrières des armées combinées en leur enlevant successivement leurs magasins et en leur coupant la retraite, pendant que Dumouriez et Kellermann les pousseront devant eux? Ou bien, jaloux d'une gloire sans grands périls et désireux de ramasser d'importantes contributions, ira-t-il se jeter tète baissée au delà du Rhin et pénétrer dans le cœur de l'Allemagne sans avoir la chance de s'y maintenir? Que préférera-t-il faire de sa petite armée, une flèche ou une massue? C'est ce que l'avenir nous apprendra.

Le ministère de la guerre venait de changer de titulaire. Servan avait été, le 10 août, en souvenir du premier cabinet girondin, appelé à reprendre son portefeuille; mais il avait annoncé dès le premier jour que sa santé ne lui permettrait pas de supporter longtemps les fatigues incessantes de cette administration qui avait à faire face aux besoins de cinq ou six armées, à l'armement et à l'équipement d'une multitude de volontaires. Aussitôt après Valmy, il renouvela l'offre de sa

démission 4. On était fort embarrassé pour le remplacer. Les généraux capables ne manquaient pas, mais les opinions d'aucun d'eux ne paraissaient assez sûres. Roland proposa Pache, qu'il avait déjà désigné comme son successeur au ministère de l'intérieur, lorsqu'il avait pensé à quitter ses fonctions pour aller prendre possession du siège conventionnel auquel l'avait appelé le département de la Somme. Ce choix fut ratifié par la Convention, le 3 octobre. Huit jours après, Garât, ancien membre de l'Assemblée constituante, fut élu ministre de la justice à la place de Danton, qui avait donné sa démission dès

h . Servan ne montra pas à cette occasion un désintéressement trèsrêpublîcain. Car, le jour même de sa démission et pendant qu'il siégeait encore dans le cabinet, ïl accepta de la main de ses collègues le grade de général de division. En effet, le 25 septembre, le Conseil exécutif prit la délibération suivante, que nous avons trouvée consignée sur ses registres:

« Le Conseil, considérant que par des efforts excessifs de zèle et de travail, le citoyen Servan a dérangé sa santé et s'est vu forcé d'abandonner les fonctions do ministre des îa guerre;

a Considérant que les services qu'il a rendus à la patrie, dans les moments de son plus grand péril, ont déjà reçu la plus honorable des récompenses dans les regrets témoignés par la Convention nationale en apprenant sa retraite, mais que cependant le poste qu'il a occupé dans le Conseil ne doit pas le priver de l'avancement et du grade auquel ses talents et ses services militaires le mettaient dans le cas de parvenir;

« Considérant aussi que, dès le parfait rétablissement de ce citoyen, il pourra rendre encore à la tôle des armées les plus importants services;

« Arrête que le citoyen Servan sera promu au grade de lieutenantgénéral des armées de la République, et que le déparlement de la guerre lui en expédiera le brevet aussitôt qu'il sera possible. »

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