LE 31 MAI
Le Conseil général accueille avec des transports de joie la nouvelle de la cassation des Douze et de l'élargissement d'Hébert. Bientôt celui-ci paraît dans la grande salle de l'Hôtel de Ville. Il est salué par des applaudissements frénétiques. Onsepiécipiteverslui, on l'embrasse, on le porte de bras en bras jusqu'à sa place. Chaumette lui ofTre une couronne; mais Hébert la dépose modestement sur le buste de Rousseau, en disant que « ce n'est qu'après leur mort que l'on peut juger les hommes '. »
4. Hébert profila de son triomphe pour mettre à contribution son ami Bouchotte. Jl se Gt délivrer par le ministre de la guerre, sur les fonds de la trésorerie, 135,000 livres pour prix de numéros du Père Duckêne, destinés, disait-on, à être distribués dans les armées, afin d'y raviver l'esprit publjc. Hébert ne gagnait sur cette fourniture que 75 pour 100. Camille Desmoulins, dans son Vieux Cordelier, signala au public, quelques mois après, ce beau coup de Glot (page 99 du !>" numéro). « Le 2 juin, s'écriait le spirituel ami de Danton , le 2 juin, tandis que tout Paris avait la main à l'épée pour défendre la Convention, Hébert va mettre la main dans le sac. »
Six mois durant, Hébert avait criblé d'attaques violentes et de
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Les sections où domine l'esprit ultra-révolutionnaire célèbrent leur triomphe à l'envi les unes des autres; elfes s'envoient des messages, des félicitations, des encouragements pour mieux braver la Convention. Elles prolongent leur séance jusqu'au milieu de la nuit, malgré les termes formels du décret du 2û mai.
La Gironde ne pouvait accepter si facilement sa défaite. Aussi, dés l'ouverture de la séance du 28, au moment même où un des secrétaires, Osselin, lit la rédaction des décrets rendus ta veille, à la fin de fa soirée, l'intrépide Lanjuinais réclame la parole.
Citoyens, dit-il, il n:y a pas eu de délibération, il n'y a pas eu de décret rendu, et, s'il y en a un, j'en demande le rapport. Eh quoi! vos commissaires dans les départements ont commis en deux mois plus d'actes arbitraires, ont ordonné plus d'arrestations illégales que le despotisme en trente ans. Des hommes prêchent ouvertement l'anarchie; ils manifestent l'intention de renouveler les scènes de septembre. Une commission investie de vos pouvoirs les fait arrêter, et un décret ordonnerait
sarcasmes acrimonieux le. ministre Roland, qu'il accusait d'avoir consacré des sommes considérables à soudoyer des journaux réactionnaires, à « graisser «, suivant ses propres expressions, «la patte à ces vils fabricants et fripiers de journaux, remplis de mensonges, de calomnies, d'atrocités contre les meilleurs palriotes. » Celle- vertueuse .indignation était, on le voit, touie de circonstance; Hébert ne dédaignait pas, lui aussi, de recueillir la manne que semaient les mains ministérielles. 11 fallait bien, comme il le disait, «mettre de la braise dans les fourneaux du Père Duchëne. » Allusion à la gravure qui était en lète de chaque numéro de cet ignoble journal, et qui représentait l'auteur au milieu de !ies fourneaux, une pipe à la bouche et le sabre à la main.
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