LIVRE XXX.IX
de la Commune, ses substituts et tous les membres de l'ancien conseil. Cette proposition est adoptée. Pache, Chaumette, Hébert et leurs amis n'étaient pas loin ; aussi répondent-ils au premier appel qui leur est fait. Dobsen, toujours au nom du peuple, leur déclare qu'ils ont été jugés dignes de continuer les fonctions dont ils étaient revêtus. Ils reprennent gravement leurs places et remercient de leur confiance les membres de la commission révolutionnaire. A peine si un intervalle de cinq minutes avait séparé leur rentrée de leur sortie, leur rétablissement de leur cassation \
\. Une comédie à peu près idenlique s'était jouée à l'égard du Conseil du département; seulement on y avait mis un peu moins d« façon. Le Comité central révolutionnaire se contenta de lui envoyer un délégué pour lui apprendre qu'il était destitué, puis réintégré dans ses fonctions. Voici les trois pièces dont ce délégué était porteur :
« Paris, le 31 mai 1103.
a L'an II de la République française, au nom du peuple souverain, au Directoire et au Conseil général du département de Paris.
a Les membres composant le Directoire et le Conseil général du déparlement de Paris sont suspendus.
« Va r le t, président provisoire; Foubnëiiot, secrétaire. » « Paris, le 31 maj 1793, l'an 2P de la République, Le Comité, délibérant en vertu des pouvoirs qui lui ont été délégués par les commissaires des sections réunis à l'Éveché, a arrêté que le citoyen Wendling sera chargé de se rendre au département, à l'effet de suspendre le Conseil du département et le Directoire. « Fait et arrêté en comité.
« Vablet, président provisoire, Fouhnerot, secrétaire. »
« Paris, le 31 mai 1793.
« L'an II de la République française, au nom du peuple souve-
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En vertu de son baptême révolutionnaire, le conseil tranche d'urgence une question qui était en suspens depuis huit jours. Sans égard pour le décret de la Convention, qui appelle au commandement général de la force armée le plus ancien chef de bataillon, il nomme à celte fonction Henriot, commandant de la section des Sans-Culottes1-
rain, au Directoire et au Conseil général du département de Paris.
•( Les membres composant lo Directoire et le Conseil général du département de Paris sont réintégrés provisoirement dans leurs fonctions; ils prêteront le serment, entre les mains dos commissaires, de remplir exactement les fonctions qui leur sont confiées et de communiquer avec le Comité révolutionnaire des Neuf, séant à l'Évêche.
a Varlet, président provisoire; Fournerot, secrétaire. »
1 . Nous empruntons à M, Michelet le portrait qu'il trace d'Henriot : ■> Le général Henriot, laquais et mouchard sous l'ancien régime, avait fait maintes campagnes dans les foires et marchés, en costume de général, comme les charlatans en. portent et les arracheurs de dents. Il avait, de longue date, paradé sur les tréteaux avec répaulelte, l'épée et le panache. Il n'y avait pas un homme qui s'entendit de si loin; c'était (il faut dire le mot) une gueule terrible, à faire taire toute une place. Ses campagnes n'avaient pas été sans revers; quel capitaine n'en a pas? Fait prisonnier (par la police), il avait passé du temps à Bicètre, et c'est justement ce qui fit sa fortune révolutionnaire. On lo prit pour une victime; ou' le jugea, sur l'habit, un vrai mililaire. Le pauvre peuple du faubourg Saint-ilarceau, qui, dans ses grandes misères, a toujours Lesoin d'un amour, avait perdu Lazouski ; il adopta Henriot. Le quartier de la rue Mouffelard (section des Sans- Culottes) l'avait pris pour capitaine. Dans la nuit du 31 mai, i'Évéché le lit général par cette seule considération que c'était en quelque sorte le successeur de Lazouski, un .homme dont le quartier le plus pauvre était engoué.
Il y avait cependant à cela un inconvénient, c'est que ce grand aboyeur n'était qii'ine voix en réalité, du reste une tète de bois,
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Ll VUE XXXÏX.
Il invite le comité d'exécution à délivrer des mandais d'arrêt contre les principaux amis de la Gironde qui ne sont pas couverts par l'inviolabilité parlementaire, notamment contre l'ex-ministre Roland et deux ministres en exercice, Clavière et Lebrun 1 .
1] envoie saisir à la poste toutes les lettres qui peuvent paraître suspectes, qu'elles viennent de l'intérieur ou de l'étranger, donne l'ordre d'arrêter les courriers
absolument vide. L'eau-de-vie seule lui donnait l'altitude et les paroles : aux grands jours qui demandaient de la présence d'esprit, Henriot avait soin d'être ivre; il Tut presque ivre au 2 juin, ivre au 9 ihermidor. Dans cet état, le général devenait vraiment dangereux ; disant indifféremment non pour oui et oui pour non, il pouvait faire des malheurs sur ses amis mûmes. Au 2 juin, sa section, qui lui élait Tort dévouée, lui envoyant un orateur, il l'insulta erossièremenl. Un tel homme à la tête de. cent cinquante bouches à feu pouvait, en se trompant d'ordre, foudroyer impartialement Ja Montagne et la Gironde. » (Histoire de la Révolution, t. V, p. 603 et 604, 1 " édition.)
M. Louis Blanc {Histoire de In Révolution, t. Vf II, p. 466) e=t plus court, mais non moins explicite dans son appréciation du môme personnage :
« Le ûls d'un pauvre habitant de Nanterre, un ancien domestique que son maître avait cassé aux gages, un commis aux barrières compromis pour avoir aidé à les brûler. »
4. Non-seulement ces deux ministres furent arrêtés malgré les inhibitions formelles du Comité de salut public, mais la section des Piques s'avisa, de son autorité privée, de se saisir de la personne du ministre de la justice Gohier. Celte dernière arrestation n'était pas dans le programme des meneurs de l'Hôtel de Ville. Aussi ne fut-elle pas maintenue; mais personne n'osa se plaindre de l'énormité commise par la section des Piques, pas même celui qui en avait été victime.
Nous donnons 5 la ûn de ce volume diverses pièces concernant ces arrestations. Elles montrent à quel degré d'abaissement étaient tombés les pouvoirs légaux devant les usurpations successives de la Commune.
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en partance et consigne dans leurs bureaux les administrateurs et principaux employés de ce service.
Depuis l'aube du jour, le tocsin retentissait à toutes les églises. Les députés, réveillés par ce bruit lugubre, se rendent peu h peu à leur poste. À six heures. du matin, il se trouve une centaine de membres dans la salle. Un des anciens présidents, Defermon, monte au fauteuil. La mémorable séance du 31 mai commence.
Plusieurs députés dénoncent l'extrême agitation qui règne dans la capitale; déjà, dit-on, plusieurs sections se sont déclarées en étal, d'insurrection. Le tocsin a sonné et sonne encore; on parie de tirer le canon d'alarme. La Convention décrète que toutes les autorités constituées de Paris se réuniront aux Tuileries pour être plus à portée de recevoir ses ordres *.