LIVRE XL
Dès le matin, Henriot avait fait investir les Tuileries d'une manière formidable. I] avait ordonné à toutes les sections de mettre sur pied leurs bataillons complets sans faire battre la générale, sans faire sonner fe tocsin ni tirer le canon d'alarme.
A mesure que les bataillons arrivent, il les distribue suivant le degré de confiance qu'il a en eux; il a déjà placé dans les cours des Tuileries et dans le jardin les sans-culottes soldés; il leur adjoint les sections dont il est sur; il relègue les autres sur la place du Carrousel, sur les quais et dans les Champs -Élysées.
responsabilité devait peser sur lui. Aussi usait-il d'avance da précaution en jouant la comédie, en se montrant désespéré des mesures violentes que l'on adoptait, en prenant ses collègues à témoin da ses protestations impuissantes. Celle conduite ambiguë lui fut plus tard reprochée lorsqu'il fut traduit au Tribunal révolutionnaire et que sa disgrâce donna ie signal des dénonciations. Nous avons retrouvé Ja lettre suivante qui exagère peut-être un peu l'attitude de Chaumette dans ces circonstances, mais dont le fond est vrai, puisque l'on rencontre dans les procès-verbaux de la Commune la trace de ces pré-lendua* protestations du procureur-syndic.
Comité de surveillance du département de Paris- — Marchand à l'accusateur public près le Tribunal révolutionnaire. « Frère et ami,
o Obligé de partir à l'instant pour l'approvisionnement d'Orléans, « je crois de mon devoir de déclarer :
« Que, comme membre du Comité central révolutionnaire au « 31 mai, j'ai vu Chaumette faire tous ses efforts pour entraver cette « révolution glorieuse, dénoncer à chaque instant toutes les mesures « qu'e le salut public exigeait, crier, pleurer, s'arracher les cheveux « et faire les plus violents efforts pour persuader que le Comité cen- « tral opérait la contre-révolution. Sa conduite étail telle qu'on l'eût i pris dans des moments pour un furieux,.. »
Source gallica.bnf.fr / Bibliothèque nationale de France
Elles sonl destinées à faire masse dans le lointain. Quant aux dépendances intérieures de l'Assemblée, aux vestibules, aux escaliers, aux corridors, ils sont occupés par les habitués ordinaires des tribunes , hommes et femmes, qui depuis longtemps ont le privilège des injures et des violences, et dont la consigne est de ne laisser sortir qui que ce soit avant que les demandes de la Commune n'aient été converties en décret l.
4 . On lit dans les Mémoires de Garât que lui, Lebrun et Grouvelle, tous trois membres du Conseil exécutif", ayant voulu aller prendre l'air un instant dans une des petites cours intérieures du palais, des hommes armés de sabres et de pistolets leur ordonnèrent de repasser le guichet, et ils durent obéir.
Dans son compte rendu a ses r.ommetinnls. S;iladin (de la Somme) raconie que plusieurs députés, et notamment Grégoire, ayant absolument besoin de sortir de la salle, furent entourés par quatre fusiliers, conduits, attendus et ramonés par cette escorte.
Dans son précis des événement; du 2 juin, Edme Petit, député de l'Aisne, rapporte qu'ayant vu Ma rat, qui avait naturellement ses entrées et ses sorties libres, quitter la salle, il avait voulu le suivre, mais qu'il fut arrêté par Henriot. « Maral a-t-il donc des privilèges?» demanda Petit; et il dut à cette insistance de pouvoir sortir un instant.
Mais le témoignage le plus irrécusable de cette effroyable pression est celui que l'on trouve dans le journal même des séances des Jacobins. On y lit ce qui suit :
Séance dit 3 juin i793.
« Le peuple occupe toutes les avenues de la Convention, les intrigants seront décrétés d'accusation : si le décret n'est pas rendu, nous
le rendrons nous-mêmes Il est une circonstance qui mérite toute
1'alteniion de la société. La Convention était réellement entourée d'une force formidable, tous les députés étaient entourés au point qu'ils ne pouvaient sortir, même pour faire leurs besoins. »
Source gallica.bnf.fr / Bibliothèque nationale de France