LIVRE XL
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Nous avons laissé la Convention au moment où elle venait de renvoyer. la pétition de la Commune au Comité de salut public; malgré ce renvoi, la discussion continue sur ce sujet , le seul qui, pour le moment, répondît aux pénibles et secrètes préoccupations de l'Assemblée.
Un membre de la Plaine, Ricbon (de l'Eure), est le premier à donner le signal de la débandade qui va laisser les Girondins seuls aux prises avec leurs adversaires. « Vous avez entendu, dit-il, les magistrats du peuple vous porter son vœu impérieusement émis; ils vous ont parlé des dangereuses conséquences d'un plus long ajournement. L'orage gronde, il menace; sauvez le peuple de lui-même, sauvez vos collègues, décrétez au nom du salut public- l'arrestation provisoire des membres de cette assemblée que les magistrats accusent. Organes de l'opinion publique, ils vous ont promis leur sûreté. Ils en ont répondu sur leur tête. Ainsi le veulent les circonstances »
A cette Motion pusillanime, La Reveillère-Lépaux répond avec indignation :
1. L'acte Ûe lâcheté commis par Rïchon ne le sauva pas de la persécution jacobine; le 3 octobre, il fut décrété d'arrestation à la demande de son collègue de députation, Duroi. Traîné de prison en prison pendant dix-huit mois, il apprit par lui-même jusqu'où peut conduire le premier pas lait dans la voie des proscriptions.
Source gallica.bnf.fr / Bibliothèque nationale de France
« Si vous décrétez cette mesure, nous irons tous en prison partager les fers de nos collègues. »
La droite appuie cette protestation généreuse en se levant tout entière et en s'écriant d'une voix unanime ; « Nous irons tous! »
Malgré ces bruyantes démonstrations, le cri de sauve qui peut, lancé par Richon, avait frappé au cœur l'Assemblée; on sait quelle funeste influence exerce un pareil cri sur des troupes déjà à demi démoralisées; l'effet n'en fut pas moins soudain à la Convention. Eevenant sur le décret rendu par elle une heure auparavant et en vertu duquel le Comité avait trois jours pour faire son rapport, elle décide qu'il sera mandé à l'instant même pour donner des explications sur les mesures qu'il prépare. Cependant on est bien obligé de lui laisser le temps de rassembler ses éléments d'information et de formuler son avis. Un Montagnard doué d'une faconde de bas étage, Levasseur (de la Sarthe), se charge, en attendant, d'occuper la tribune et d'empêcher tout membre suspect de modérantisme de tenter la moindre protestation contre ce qui se passe au dedans et au dehors de l'enceinte du. palais national. Loin de se piquer d'une intempestive générosité, ce chirurgien de campagne applique brutalement le fer et le feu sur les blessures de ses collègues. Son thème est celui-ci : la loi veut que tous les gens suspects soient mis en arrestation. Or qui est suspect au premier chef, sinon ceux qui ont constamment calomnié Paris, voté l'appel au peuple, cherché à allumer la guerre civile par leur garde départementale? Qui est suspect, sinon ceux qui étaient
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