‹ Histoire de la Terreur 17921794. T. septièmeChapitre 194 sur 246 · LIVRE XL · texte numérisé non relu

LIVRE XL

d'accord avec le tyran et Dumouriez et qui prétendent aujourd'hui que l'Assemblée n'est pas libre?

« — Non ! non ! nous ne sommes pas libres, s'écriet-on à droite.

ii — La preuve, ajoute un député, c'est que les portes de la salle sont gardées par des individus armés. La liberté existe peut-être pour certains représentants; mais nous, depuis trois jours, nous ne pouvons ni entrer, ni sortir, ni opiner. Je demande que le président donne des instructions pour que les issues de la salle soient débarrassées. »

Mallarmé assure qu'il a donné les ordres nécessaires. Le commandant du poste est appelé à la barre et reconnaît que des femmes se sont placées aux portes du côté droit et empêchent les représentants de sortir. Il annonce que, s'étanl avancé vers elles, il leur a parlé le langage de la loi et qu'elles ont obéi.

« Non ! les femmes n'obéissent pas, s'écrie un député. Président, faites votre devoir, ou je vous rends responsable des malheurs qui peuvent arriver.

« — Il y a, ajoute un autre député, soixante mille hommes dans Paris qui ont juré de s'armer pour défendre la liberté des représentants du peuple. Je demande- que l'Assemblée les appelle près d'elle ; sinon, elle encourrait une terrible responsabilité.

<( — Tout ceci, repond M a rat en ricanant, n'est qu'un stratagème pour abuser l'Assemblée et calomnier Paris! » Le président renouvelle ses protestations et affirme qu'il saura maintenir envers et contre tous la liberté des représentants du peuple.

Robespierre, depuis le commencement de la séance, était resté muet et impassible à son banc. Mais les réclamations de fa droite commencent à l'importuner. Pour les étouffer, il demande la clôture de l'incident. Ses vœux sont accomplis.

A ce moment le Comité de salut public fait connaître qu'il est prêt à obéir aux. ordres de l'Assemblée. Le Comité avait divisé les rôles entre ses deux organes habituels, Lacroix et Barère. A Lacroix était échue la mission de proposer à l'Assemblée les mesures militaires qui paraissaient nécessitées par les exigences de la Commune; à Barère, le soin de contenter les meneurs de l'Hôtel de Ville, sans cependant imposer à l'Assemblée l'humiliation de se décimer elle-même.

Le projet présenté par Lacroix comportait l'organisation d'une armée soldée conformément à ce qui avait été adopté en principe quelques jours auparavant*. Cette armée devait être de six mille hommes. Jusqu'à la paix, les citoyens en activité de service ou en état de réquisition contre les rebelles ne pouvaient en faire partie. Les places étaient ainsi exclusivement réservées aux sans-culottes parisiens. Pour toute garantie, on leur demandait un certifica t de civisme délivré par la section, condition facile à remplir pour tous les mauvais sujets et les émeuliers de la capitale. Vu la cherté des vivres, on leur allouait quarante sols par jour. Enfin, par une habileté de langage assez habituelle au Comité de salut public, les dépenses de cette nouvelle

t. Voir plus haul, page 341.

Source gallica.bnf.fr / Bibliothèque nationale de France

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