LIVRE XL
monceaux de ruines et de cadavres, vous engloutir successivement les uns les autres et renverser la République1. »
A partir de ce moment la parole appartient exclusivement aux promoteurs de la journée. De tous le plus pressé de constater la victoire de la Montagne, c'est Marat. Comme les triomphateurs antiques, il pose sur son front la couronne de laurier; comme les potentats de l'ancien régime, il dispense ses grâces et rectifie à son gré la liste de proscription.
« La proposition du Comité ne peut, dit-il, être acceptée; elle accorde à des hommes accusés de conspiration les honneurs du dévouement. Il faut être pur pour offrir des sacrifices à la patrie. C'est à moi, vrai martyr de la liberté, à me dévouer ; j'offre donc ma suspension, et je la donnerai au moment ou vous aurez ordonné la détention des contre-révolutionnaires. Il convient d'ajouter à la liste Defernion et Valazé, qui n'y sont pas, et d'en retrancher Ducos, Lanthenas et Dussaulx, qui n'y doivent pas être. Dussaulx n'est qu'un
\ . La fin du discours do Lanjuinais n'est donnée ni par le Moniteur ni par le Journal des Débats et Décrets, il était tr.op compromettant pour être reproduit par les journaux le lendemain du 2 juin. Nous avons emprunté cette piiroraison au texte publié par Lanjuînais lui-même quelques jours après ces événements. Un tel homme peut être cru sur parole.
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vieillard radoteur, Lanlhenas un pauvre d'esprit, qui ne mérite point qu'on pense à lui; Ducos n'a contre lui que quelques opinions erronées dont on ne saurait lui faire un crime. »
Billaud-Varennes va plus loin encore :
« La Convention, dit-il, ne doit pas excéder ses pouvoirs; elle n'a pas le droit de provoquer la suspension d'aucun de ses membres, maïs elle peut renvoyer devant les tribunaux les députés qu'elle juge coupables. Je demande . donc la question préalable sur le projet proposé par Barère et le décret d'accusation, par appel nominal motivé, contre les membres dont il s'agit. »
Ici la délibération est interrompue de nouveau par les plaintes qui éclatent de tous côtés contre les brutalités dont sont victimes les députés qui essayent de sortir de la salle. Bpissy-d'Ànglas a été pris à la gorge par les forcenés qui gardent les abords de la Convention; il rentre et se précipite à la tribune en montrant sa cravate et sa chemise en lambeaux. Lacroix lui-même, l'un des membres du Comité de salut public, vient se plaindre de violences pareilles. « Je me suis présenté, dit-il, à celte porte pour sortir, on m'a refusé; j'ai montré ma carte de député, même refus. Je me suis transporté au Comité d'inspection pour savoir d'où émanait l'ordre; il m'a été protesté que la consigne n'avait point été donnée. 11 faut que l'officier commandant la force armée soit mandé à la barre.
« — Oui, ajoute Grégoire, qui a subi il y a deux jours les mêmes sévices, que l'on sache de lui qui a
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