LIVRE XL
la France désavouerait celles d'une Assemblée asservie. Comment vos lois seraient-elle respectées si vous ne les faisiez qu'entourés de baïonnettes? Nous sommes en danger, car des tyrans veillent sur nous. Leur consigne nous entoure. La représentation, nationale est près d'être asservie par elle. Cette tyrannie réside dans le Comité révolutionnaire où siègent des étrangers et notamment l'Espagnol Guzman1. Elle est aussi dans le Conseil général; il n'est pas un de ses membres dont je voulusse répondre. Ce sont ces hommes qui ont retenu les bataillons qui devaient partir pour la Vendée; ce sont eux qui font distribuer sous nos yeux, aux bataillons qui nous entourent, des assignats de cinq livres; ils ne sont que les agents de nos ennemis de Londres, de Madrid et de Berlin. Représentants du peuple, ordonnez votre liberté; suspendez votre séance; faites abaisser devant vous les baïonnettes qui vous entourent. Pour prouver que nous sommes libres, allons délibérer au milieu de la force armée qui sans doute nous protégera. »
La majorité de l'Assemblée se.lève à la voix de Barère. Le président Hérault-Séchelles, auquel Mallarmé a cédé le fauteuil* se couvre en signe de deuil, descend du bureau et donne le signal d» départ. Les tribunes défendent à grands cris à leurs amis de la Montagne
1. Guzman fui arrêté par ordre du Comité de salut public, vers midi, le 2 juin, et tenu pendant plusieurs heures au secret. Ce fut peut-être le seul acte de vigueur que le Comité se permit ce jour-là; mais, les conspirateurs ayant enfin complètement triomphé, il fut mis en liberté le soir même et vint remercier sa section (celle desPiques) de rinlérôt qu'elle avait pris à sa détention.
Source gallica.bnf.fr / Bibliothèque nationale de France
HISTOIRE Dlï LA TIîRRliUlï.
de se joindre a cette démonstration. Les tricoteuses, qui occupent le premier rang des galeries, s'élancent à micorps et prennent au collet plusieurs députés pour les empêcher de sortir. Cependant la honte de [traître abandonner leurs collègues au moment du danger, la crainte de voir la Commune abuser de sa victoire et peut-être aussi le besoin de respirer un air plus pur, déterminent la plupart des membres de la gauche à se joindre au cortège; à peine reste-t-il dans la salle trente à quarante montagnards.
Hérault-Séchelles et la Convention à sa suite descendent le grand escalier des Tuileries et arrivent sans rencontrer de résistance jusqu'à la porte, d'entrée qui ouvre sur la cour du Carrousel. C'est là que se trouve Henriot et son état -major. C'est là que va se renouveler cette lutte du droit et de la force, que, pour la honte et le malheur de ia France, nos annales ont eu plusieurs fois à enregistrer.
Mais, jamais peut-être, elle ne s'est présentée sous un aspect plus dramatique et plus saisissant. Essayons d'en esquisser le tableau..
Nous sommes sur le seuil de l'antique palais des rois, de ce palais que Louis XVI a quitté, il y a dix mois à peine, pour accomplir les tristes étapes qui devaient le conduire à l'échafàud. Sous la voûte qui sépare la cour du jardin, sur les dernières marches de l'escalier, se pressent quelques centaines de députés; le front découvert, ils viennent, pour ainsi dire, en suppliants, réclamer la faculté de délibérer librement sur les intérêts de vingt-cinq millions d'hommes. L'intérieur de la