‹ Histoire de la Terreur 17921794. T. septièmeChapitre 211 sur 246 · LIVRE XL · texte numérisé non relu

LIVRE XL

gearïces réactionnaires? Qui vous !e dit, qui vous le prouve? Est-ce que les Girondins ont montré de la faiblesse et de la pusillanimité dans (a défense du territoire? Est-ce que ceux d'entre eux qui échappèrent à la proscription ont pactisé avec l'étranger, lorsque, daus la dernière année de la Convention, ils ont eu une part importante à la direction des affaires? Est-ce qu'au moment où leurs tôles étaient mises ît prix, ils ne refusèrent pas obstinément de se réfugier en Angleterre? Est-ce qu'ils manquaient d'énergie et de courage les Lanjuinais, les Barbaroux, les Vergniaud, les Boissy d!Anglas et tant d'autres membres du côté droit? Quelle idée entendezvous donner de la nation française en insinuant que l'échafaud de la Terreur, dressé en permanence à Paris, promené à la suite de nos armées, a pu seul conjurer la ligue des rois et forcer nos volontaires à vaincre? L'astuce de Robespierre, la violence de Collot-d'Herbois, le cynisme d'Hébert, étaient-ils donc indispensables pour sauver la France? Disons-le hautement pour l'honneur de notre pays, non, mille fois non! Et dès lors, comment s'incliner devant un arrêt prononcé par une infime minorité au milieu des protestations ou du morne silence du reste de l'Assemblée.

Et vous, écrivains fatalistes *, qui fulminez si réso-

i. De tous les écrivains fatalistes, le premier en date est l'auteur du Souper de Beaucaïre, le fuiur empereur des Français, Napoléon I". Ce pamphlet, publié deux mois après le 2 juin, n'est que l'amplification de cette idée reproduite fous toutes les formes : « Les girondins ont succombé, donc ils avaient tort, a L'homme de brumaire (levait, quinze années durant, professer et pratiquer les doc-

Source gallica.bnf.fr / Bibliothèque nationale de France

lûment le vœ victis contre les malheureux Girondins, ne voyez-vous pas à quelles conséquences vous entraîne l'absolution du fait 'accompli? Quoi ! justice, droit, humanité, il sera permis de tout immoler sans honte et sans remords à la seule condition de réussir ! Le succès suffira donc à changer le crime en vert» et le scélérat en honnête homme!

Naguère encore cette étrange théorie se couvrait de voiles, s'enveloppait de circonlocutions; grâce à vous, nous la voyons aujourd'hui se produire sans ambages, s'affirmer sans crainte, s'imposer sans pudeur.

Vous insinuez, il est vrai, que les Montagnards de 1793 "ont fait sanctionner implicitement par le peuple le crime du 2 juin en obtenant l'adhésion des Assemblées primaires à la Constitution républicaine qu'ils présentèrent peu de temps après. Mais comment voudraiton raisonnablement prétendre que le vote émis par une nation affolée de terreur pût légaliser après coup les attentats de Henriot et de ses imitateurs? Comment la violence pourrait-elle jamais devenir la source du droit?

Le Droit, à ce moment, se personnifiait dans les Girondins. Voilà pourquoi nous avons pris leur défense. Mais que l'on ne croie pas que nous soyons aveugles pour les fautes immenses qu'ils commirent pendant cette lutte terrible.

Depuis que nous les voyons à l'œuvre, quel spec-

trines que préconisait le capitaine d'artillerie- Plus lard, relégué h Sainte-Hélène, il but jusqu'à la lie les amertumes de la défaite, el apprit à ses dépens ce que le culte du fait accompli enfante de défaillances, de lâchetés et de trahisons.

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