LIBERTÉ, ÉGALITÉ
La citoyenne Marie-Louise- Adélaïde Penthièvre, aux Représentants du peuple français, composant les Comités de salut public et de sûreté générale réunis.
« Citoyens Représentants,
« Forte de ma conscience et d'une conduite en tous points irréprochable, je réclame avec confiance l'humanité et la justice des Représentants du peuple français composant les Comités de salut public et de sûreté générale réunis, dans l'état affligeant où mes maux m'ont réduite.
« J'ai été mise en arrestation à Bizy-lès-Vernon au mois d'avril 1793; j'élais alors absente de Paris depuis deux ans, et je pleurais la perte récente et cruelle du meilleur des pères, auprès duquel j'avais vécu depuis celte époque.
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HISTOIRE Dlï LA TERREUR.
« Ce malheur ayant mis le comble à des chagrins d'autant plus cuisants qu'ils étaient occasionnés par les sentiments qui sont placés dans toute âme honnête, et qui devaient naturellement faire mon bonheur, ma santé était tellement affectée que, lors de mon départ de Bizy-Ics-Vernon , distant de Paris de vingt lieues, au mois de brumaire, les commissaires qui m'y conduisirent, dans la maison d'arrêt du Luxembourg jugèrent devoir employer cinq jours à ce voyage.
« Mes maux se sont aggravés depuis six mois que je suis retenue dans celte maison, et sont parvenus à un période trèsalarmant. Mon état est constaté par le rapport des officiers de santé; ils estiment qu'il est on ne peut plus instant d'abandonner les remèdes palliatifs qu'ils ont seulement pu employer jusqu'à présent pour s'occuper du fond de ma santé; ce qui ne peut avoir lieu dans la maison d'arrêt du Luxembourg, où il n'y a aucune des commodités suffisantes, ni possibilité de respirer l'air.
« Dans cette position, je demande qu'il me soit permis de me retirer dans une maison particulière où je puisse recevoir tous les secours nécessaires, sons telles conditions qu'il plaira de me prescrire.
(i Obéissance absolue aux lois, respect aux autorités constituées, telle a toujours été et telle sera toujours la règle de ma conduite, et c'est dans ces sentiments que j'attendrai avec soumission la décision que les Représentants du peuple français, composant les Comités do salut public et de sûreté générale réunis, porteront sur ma demande. »
11 fut fait droit presque aussitôt à la pétition de la duchesse. Par ordre des Comités de gouvernement, les administrateurs de police prenaient un arrêté ainsi conçu :
Département de police. — Commune de Paris.
« Le concierge de la maison de santé de Belhomme, rue de Charonne, n° 70, recevra le prisonnier ci-après dénommé, savoir : Marie-Louise-Adélaïde Penthièyre, qui. uï est envoyée de la prison du Luxembourg, et il la gardera usqu'à nouvel ordre,
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NOTES
(( Fait au département île police, hôtel de la Mairie, Je 26 fructidor an n de la République : Gkroue, Christophe. »
La captivité des prisonniers du fort Saint-Jean s'adoucissait aussi. Nous en avons la preuve dans l'arrêté suivant, que nous avons retrouvé :
« 30 nivose an in.dc la Réjn-.bl ic[m; ;UJ janvier l?.l,r>).
« Vu la demande faite par les enfants d'Orléans détenus au fort Saint-Jeaii de Marseille, par décret de la Convention, Je Comité arrête qu'il leur sera permis de se promener dans le jardin el les cours, comme le citoyen Confi, cl la citoyenne Bourbon, leur tante, attendu que le décret qui les concerne n'a mis aucune différence entre les enfants d'Orléans et leurs parents détenus dans le même fort.
« Les Représentants du peuple composant le Comité de sûreté générale :
(i Vardon, G, mini eu (de l'Aube), J.-S. Rovère, GiiFFRor, Hakhasd, Uoudis, Heveilchos.
Les idées d'humanité et de justice reprenaient chaque jour plus d'empire ; des voix généreuses s'élevèrent pour demander que les membres de la famille de Bourbon fussent déportés hors du territoire de la République , en vertu du décret du lor août 1793 qui, depuis dix-liuil mois, était resté sans exécution.
Mais le 3 pluviôse an m, sur le rapport de Cambacérès, au nom des Comités de salut public, de sûreté générale et de législation, la Convention nationale passa à l'ordre du jour sur cette motion, et décida qu'il serait sursis, jusqu'à la paix, à l'exécution du décret du 1" août 1703.
Six mois plus tard, le 12 messidor an ni (30 juin 1795), la Convention adopta à l'unanimité la déclaration suivante :
« Au même instant que les cinq représentants du peuple, le ministre, les ambassadeurs français et les personnes de leur suite livrés à l'Autriche, ou arrêtés et détenus par ses ordres, seront rendus à la liberté, et, parvenus aux limites du territoire de la République, la fille du dernier roi des Français sera remise à la personne que le gouvernement autrichien désignera
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pour la recevoir, et les membres de la famille de Bourbon actuellement détenus en France pourront aussi sortir du territoire de la République1. »
Avant même que la remise de la fille de Louis XVI aux mains des commissaires autrichiens fût effectuée (elle n'eut lieu que le 2.6 décembre 179!'»), le prince de Conti et la duchesse de Bourbon étaient mis en liberté, maïs sous l'obligation de se relirer, lé prince à Autun, la duchesse à Moulins, et d'y demeurer sous la surveillance des municipalités de ces communes (décret du 28 thermidor an 111). Un mois après la duchesse d'Orléans obtenait l'autorisation de quitter la maison Belhomme, et recouvrait la pleine jouissance de ses droits civils en vertu d'un arrêté que nous nous empressons de donner, car il fait un étrange contraste avec les pièces de l'époque ultra-révolutionnaire que nous sommes si souvent obligés d'inscrire dans nos annales.
« 24 fructidor an m {10 septembre 1705). i>
« Les Comités de salut public et de sûreté générale réunis, sur le rapport fait, par un membre, de la situation de Louise- Marie-Adélaïde Bourbon Penthièvre, veuve d'Orléans:
« Considérant que Louise-Marie-Adélaïde Bourbon Penthièvre n'a été privée de la liberté et de la jouissance de ses biens que par simple mesure de sûreté générale et par l'effet des circonstances révolu tionnaires qui ont provoqué sa détention ;
« Qu'il n'a jamais existé aucune accusation contre ses principes, ses sentiments et sa conduite, toujours conformes à ce qu'on devait attendre d'une Française soumise aux lois de son pays ;
« Considérant que le terme où la Révolution est parvenue doit d'autant plus disposer le gouvernement à tous les actes de justice qui peuvent se concilier avec la sûreté, la tranquil-
1. Il est à remarquer que l'initiative de cette mesure réparatrice appartient à la Convention régénérée et non au Directoire, auquel il est d'habitude de l'attribuer. Celui-ci, dans cette circonstance, ne fit qu'exécuter les promesses faites par l'assemblée souveraine à laquelle il avait succédé.
NOTES
lilé publique et le maintien des principes républicains, que déjà les Français qui se sont assemblés ont accepté avec enthousiasme la constitution destinée à faire leur bonheur ;
«Considérant que cette tranquillité, loin de pouvoir être altérée par la déclaration de pleine liberté d'une femme devenue encore plus intéressante, par ses trop longues souffrances ej par le délabrement de sa santé, serait consolidée, s'il en était besoin, par une telle application des principes;
« Considérant enfin que le décret du 12 messidor dernier a fait prévoir l'époque prochaine où les membres de la famille de Bourbon, restés en France exempts de tous reproches, jouiraient de tous les droits de citoyen et que le terme où est parvenue la négociation relative à l'échange de la fille du dernier roi des Français donne lieu de penser qu'aucune convenance politique ne saurait être blessée par les actes de justice que la situation de Louise-Marie-Adélaïde Penthièvre sollicite,
« Arrêtent quant à présent :
« Que Louise-Marie-Adélaïde Bourbon Penthièvre, veuve d'Orléans, jouira dès ce moment de sa pleine et entière liberté avec faculté de se retirer à sa maison d'Armaiovilliers ou à telle autre qu'elle jugera convenable.
« Marec, Doolcet, Jean Debry, Boissy, Defermon, Henri Larivjère , Vernier, J.-B. Mariette, Merlin (de Douai), Kervelegan, Letourneur (de la Manche), Alex. Ysabeau, J.-Fr. Rovère, P. Martin, LomOnt, Baillï, Bailleul. »
Les deux jeunes princes étaient toujours prisonniers au fort Saint-Jean, et le décret du 12 messidor semblait devoir être pour eux considéré comme une lettre morte. Cependant leur mère faisait à Paris les démarches les plus actives pour obtenir leur liberté. Mais le Directoire, qui avait succédé à la Convention, restait sourd à ses prières. Aux instances de la duchesse vinrent bientôt se joindre celles de ses fils. Voici la lettre qu'ils écrivirent à ceux qui avaient leur sort entre les mains.
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■Aux citoyens -composant le- Directoire exécutif. - ■
■a Au.*fort Jeah,-)è SpluviOse an iv'de la République '. (26 janvier 1796). .' ..* ,
«Citoyens.
« Les diveFses réclamatioiîs qui vous ont'éfé adressées par notre mère, au sujet de notre liberté,- étant demeurées jusqu'à présent sans réponse,' nous nous" déterminons" à y' joindre les nôtres. Nous vous conjurons dé" prendre eri quelque' con'sid'ê^ ration le sort de deux jeunes infortunés" privés depuis près de trois ans du plus précieux de tous les biens, la'lib'erté,' et dont leseul crime ou plutôt le seul 'motif de dëléntion'n'a-pu être qu'une naissance "qu'ils n'étaient assurément'pas' les maîtres de choîsir. Nous pourrions,' citoyens, né fonder uniquement cette pétition que sur les principes de justice qui ne permettent pas de laisser des innocents gémir dans l'es fers: dont 'l'a pureté de leur conduite aurait dû les' garantir," niais nous nous bornons à 'vous demander la' simple" éxecution d'un décreioù plutôt d'une déclaration' authentique rendue par la Convention, nationale le 12 messidor' de'Tan 'III, êtqtii pbrte^' qu'aussitôt après' que.-Téchange'de ]& fille ôu.'-dernier roi dès-Français contre, les 'Cinq- représentants duipeuple, lé" ministre, les ambassadeurs français, sera- consommé,' les autres 'membres de la famille. Bourbon,- 'actuellement détenus ■eni-&hance~'pàurront aussi sortir du territoire de la République: Cènes rio'us' eussions préféré le séjour de notre patrie à tout autre; mais en songeant que non-seulement -nous userions s en 'butte 'à 'toutes -sortes de calomnies, mais queinotce présence ipoUrrah môme-îonmir du* malveillants dés; prétextes de susciter quelques' troubles ,-nous nej.désjçonS' queid'aller jouin- tranquillement de-nôtre' liber-té' dans :un, pays neutre ou adlié de la 'République, jusqu'à ce'-quë I'alTerm;js.enie.nt :de la ..tranquillité "et .du 'bonheur' de' "noîLreV patçie pousiipermetterd'y rentrer poury1 mener1 une vieparvsiblejetn-ignoréftetirejidre des soins^à une tendre mère depuissi longtemps séparée de ses enfants. ,'" "
. « Nous comptons trop, citoyens, sur votre justice et votre
NOTES
humanité pour ne pas espérer que vous voudrez bien faire droit,,». notre, demande, T..,^ ■■/ . ■■■
vn ".:■•« A.-P, ORLÉÂTJS; L.-A.. OplÉANS, ))
On insinua enfin à la duchesse d'Orléans que les deux princes •n'obtiendraient' leurs liberté" que s'ils 'consentaient 'à' s'expatrier aux États-Unis- d'Amérique, et si leurtfrè're,raîrté,alors.- réfugié- en> Suisse ou.1 on (Allemagne;, s'en'gageait à' aller' au delàrde l'Atlantiquerporterun nom et une' -renommée qui; importunûient-.leigoiivernementcfrançais-'Son départ ;d'Ëù'rûpe/ était même la oonditioiï^neiçutt non; de lavmise en-liberttë'dé ses .frèjres.. Aussitôt quela du'chesse'd' Orléans sut à- quoi s'en tenir . sur- lesrinien lions secrètes du* Directoire, elle s'empressa' d'écrire à son fils aîné pour les lui farce connaître. '■ " ■' 1
. ( . ,« Paris, cefi prairial an iv (27 mai 1790).
« Les événements qui se sont accumulés' sur lâtêtedë ta pauvre mère; depuis l'instant où-. elle1 s'est <vue privée dé-1â 'cUd-,: solation-de communiquée. ayeCi toïi 'en achevant de -ruifie'r'sa0 santéi.:l!pnti rendue ;encoreiplus sensible à tout ce qui aJ rapport1 aux objets-de-son affeotion-/-.- ■.'*} : '- •" '■"•■>
wSon ;pays et>ses enfatits multipliant depuis longtemps ses sollicitudes, iiu'ne -té. .borner as -pas f sans doute'ià les 'parta ger lorsque tu sauras queimémeidans tes malheurs, -tu peux'enè'oïe les servir. v tï.tzz '. w-: r: ■'■ \.' ;;■**'
« L'intérêt de ta patrie, celui des tiens, te demandent le sacrifice de mettre entre nous la barrière des mers; je suis persuadée,, qu,e..tu,,,n'Iiés.iteras pas à Ieur.donner ce témoignage Rattachement, surtout lorsque tu sauras quê tes frères-' détenus. ^.Marseille partent .:pour, Philadelphie, où Ic^ouver- nement français -lgur fournira de quoi exister d'une -manière-' convenable.
« Les revers ayant dû rendre encore plus précoce la maturité de mon .fils,,, il, ne , refusera /pas. à sa -bonne'-mère la consolation de. le.savojr ; auprès de. ses. frères/ ',• .-.--•'----*' l'jdée .de-,notresé.paration:.est déchirante pour, mon ' cœur, celle. de. votfe-.réu.nion.-en-adoucira bien l'amertume. "■•
« ,,Que la. -perspective-- de so,uIager-,les' maux- de ta- pauvre ■
mère, de rendre la situation des liens moins pénible, de contribuer à assurer le calme à ton pays... que cette perspective exalte ta générosité, soutienne ta loyauté;., tu n'a pas sans doute oublié, mon bien-aimé, que la tendresse de ta mère n'a pas besoin d'être excitée par de nouveaux actes de ta part propres à la justifier. Que j'apprenne bientôt que mon Leodgard et mon Antoine ont embrassé leur ami; que leur mère reçoit en eux les démonstrations et les preuves des sentiments de son fils... arrive à Philadelphie en même temps qu'eux... plus tôt, si tu le peux... Le ministre de France à Hambourg facilitera ton passage... qu'il le connaisse du moins.
« Ah ! que ne puis-je aller moi-même presser contre le sein déchiré de cette tendre mère celui qui ne lui refusera pas le soulagement qu'elle réclame 1
« Si cette lettre parvient à mon bien-aimé, j'espère qu'il ne différera pas de répondre à sa si tendre mère et de lui procurer enfin la consolation de recevoir une fois de ses nouvelles, comme elle a, hélas! pour la première fois la satisfaction de lui en donner des siennes. Il voudra bien s'adresser sous le couvert du ministre de la police générale de la République à Paris.
ix J'aime à croire que depuis environ trois mois, malgré l'impossibilité où j'ai toujours été de l'écrire, et quoique bien indirectement, tu auras connu l'extrême désir de ta mère de te savoir bien éloigné de tous les intrigants et de toutes les intrigues, qu'elle ne saurait assez te recommander de fuir.
« L.-M.-A. Penthièvre. »
La duchesse d'Orléans avait, avant de l'envoyer, soumis sa lettre au ministre de la police, Cochon de Lapparent; elle reçut quinze jours après l'autorisation de la faire partir. A la lettre du ministre elle répondit par la lettre suivante :
« Citoyen minisire, 'i Dès l'instant où j'appris que vous étiez seul chargé de l'exécution de la détermination du Directoire exécutif, relative à mes enfants, votre réputation m'inspira la plus grande confiance pour le prompt accomplissement de mes vœux, ceux de voir ces infortunés enfants jouir de leur liberté hors de toute
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NOTES
o portée et des intrigants qui pourraient tenler de les séduire et de ceux qui, à leur insu, voudraient emprunter leur nom pour se livrer à de nouvelles manœuvres : par quelle fatalité se faitil donc que, malgré les dispositions bien précises du décret du 12 messidor, mes pauvres enfants soient, tout à l'heure depuis un an, les seuls innocents, qui, même après que la puissance publique a si solennellement prononcé sur leur sort, gémissent encore dans les cachots?,.. Je ne parle pas de l'état de dénùment dans lequel on les laissait depuis environ deux mois,., je suis bien persuadée que le gouvernement ne le connaissait pas... Mais, citoyen, vous êtes père; vous connaissez le prix de la liberté, et si vous faites attention à tout ce qu'a soufferj. la malheureuse mère qui réclame pour ses enfants la justice qu'il semblait qu'on ne devait pas leur refuser, ah ! sans doute qu'elle n'aurait plus besoin de vous en importuner.
« Le gouvernement m'a fait demander, autant qu'il serait en moi, de décider mon fils aîné à se rendre aussi en Amérique. Mon attachement bien connu pour mon pays, ma soumission à ses lois, m'auraient suffi pour aller même au-devant de ce vœu, si d'un autre côté je n'étais pas bien convaincue que le seul parti que peuvent prendre mes enfants est de se tenir à mille lieues de tout ce qui pourrait les rapprocher de toute affaire publique. Je n'ai donc pas hésité un seul instant à écrire ta lettre que j'ai confiée à votre bienfaisant ancien collègue pour vous la remettre. 11 me l'a rapportée pour que j'y mette une adresse. Cet obligeant citoyen et plusieurs autres se sont inutilement donné des soins pour savoir d'une manière précise, et le lieu de sa retraite, et le nom qu'il a pris dans ce moment. Vous ne devez pas être surpris de l'inutilité de mes recherches, puisque, avec les moyens que vous avez, vous n'êtes pas mieux fixé. Je serais trop heureuse si je voyais mon pays tranquille, et bien plus encore si je pouvais y contribuer, disposée, comme je le suis, à faire tout ce qui sera en mon pouvoir pour cela. Comment donc me refuserait-on, ou refuseraiton à mes enfants la justice que personne ne réclame en vain? Vos principes me la garantissent; mais'de plus longs délais seraient des dénis formels, et ce n'est pas le sort que vous voulez faire à la plus sensible et à la plus infortunée des mères.
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Ses enfants sèchent avec raison d'impatience, ils se meurent, et quand iis n'auraient pas d'aussi surs garants de la légitimité de leurs demandes, la politique les éloignerait du foyer sulfureux dans lequel ils respirent un si mauvais air et qui menace à chaque instant de quelque explosion dont ils pourraient devenir si injustement les victimes.
« L.-M.-A. Penthièvre.
Ce 2fl prairial an iv (11 juin 1700). «
Le ministre de la police, auquel la duchesse s'empressa de faire parvenir deux copies de sa lettre, les adressa, l'une directement en Suisse, et l'autre, par l'intermédiaire du ministre des relations extérieures, au ministre de la République près les villes hanséatîques.
Ces deux lettres d'envoi, quoique renfermant quelques détails identiques, nous paraissent devoir être insérées ici l'une et l'autre.
Au Minisire des relations extérieures.
« 18 messidor an iv ((! juillet 1796.
<i Vous connaissez, mon cher collègue, les intentions du Directoire exécutif relativement aux enfants du ci-devant due d'Orléans, et l'intérêt qu'il attache à ce que l'aîné passe les mers et se retire en Amérique. Vous savez qu'il a été convenu que sa mère lui écrirait pour l'y déterminer. On vient de me faire passer plusieurs copies de la lettre qu'elle lui écrit. J'en adresse une au citoyen Hacher, en Suisse, pour qu'il la fasse parvenir à sa destination, s'il peut découvrir la retraite du ci-devant duc de Chartres. Mais comme j'ai lieu de croirequ'il estplutotdans les environs de Hambourg ou d'AHona qu'en Suisse, je- vous envoie deux copies de cette même lettre pour que vous les adressiez aux envoyés de la République à Hambourg et a Altona, pour les faire parvenir au ci-devant duc!de Chartres, s'ils peuvent savoir où il est. Je vous prie aussi de leur recommander, dans le cas où il se déterminerait à partir, de m rien négliger pour s'assurer de son départ sur un vaisseau neutre ou allié,
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NOTES. 465
de sa destination pour l'Amérique, et de vous rendre un compte exact du résultat de leurs opérations à cet égard. Vous n'ignorez pas que les deux frères détenus à Marseille'doiveni aussi se rendre en Amérique, et qu'ils ne doivent partir qu'au moment où le Directoire recevra la nouvelle certaine du dépari de l'aîné. Je vous répète de vouloir bien me faire part de ce que vous aurez fait. »
Au citoyen Bâcher.
« 18 messidor an îv (t> Juillet 1106).
« Je vous adresse, citoyen, une lettre écrite par la ci-devant duchesse d'Orléans au ci-devant duc de Chartres, son fils. Le Directoire exécutif attache beaucoup d'intérêt à ce que lui demande sa mère, et qu'il passe promptement en Amérique. Il espère que son éloignement contribuerait à assurer le rétablissement de la tranquillité dans l'intérieur de la République, en ôtant un prétexte, et sinon un chef, du moins le nom d'un chef aux excitateurs. C'est peut-être d'ailleurs un moyen de sonder le terrain et de s'assurer s'il existe un parti assez fort pour lui donner quelques espérances, ou si on se sert seulement de son nom sans sa participation. La ci-devant duchesse d'Orléans ayant demandé la faculté de faire sortir de France ses deux enfants détenus au fort de Marseille, le Directoire a cru ne devoir y consentir, en exécution de la loi du 12 messidor, qu'à la condition qu'ils iront en Amérique, que leur aîné s'y rendra aussi. Les deux cadets ne sortiront même de Marseille que lorsqu'on aura la certitude, par quelque envoyé de la République, que l'aîné est parti pour l'Amérique sur un vaisseau neutre, et avec les précautions prises, de concert avec notre envoyé, dans le port dont il partira, pour assurer son départ et sa destination. Vous voudrez bien, en conséquence, ne rien négliger pour découvrir la retraite dudit duc de Chartres, et lui faire parvenir la lettre ci-incluse et assurer le succès des vues du Directoire. Vous aurez soin de me faire connaître le résultat de toutes vos démarches à ce sujet, »
Les conjectures du ministre étaient exactes; c'était dans les environs de Hambourg que celui qui avait le droit de vu. :m
HISTOIIîE DE, LA TER HEUR.
prendre le titre de duc d'Orléans, depuis l'expiation du 6 novembre 1793, avait fixé sa demeure.
Le ministre des relations extérieures en avertit sur-le-champ son collègue.