‹ Histoire de la Terreur 17921794. T. septièmeChapitre 72 sur 246 · LIVRE XXXVI · texte numérisé non relu

LIVRE XXXVI

Le président annonce aux pétitionnaires que, conformément à un décret qui vient d'être rendu, ils doivent tous signer ce qui a été lu eu leur nom *. Cette' formalité remplie, il les admet aux honneurs de la séance. On fait observer que Pache n'a pas imité l'exemple de ceux qui sont auprès de lui à la barre. Le maire répond : « Je ne suis pas parmi les pétitionnaires. Le Conseil général de la Commune m'a seulement chargé de les accompagner. Au reste, pour éviter tout doute à cet égard, je vais signer. »

Le président profite de la présence du maire pour l'interroger sur l'état des subsistances ; Pache assure que cet état est satisfaisant.

« 11 est le même, dit-il, qu'il y a quinze jours; les alarmes que l'on a répandues dans ta population sont exagérées et ont porté beaucoup de citoyens à accumuler chez eux plus de pain qu'ils n'en consomment. Il est encore une autre cause de l'apparente rareté du pain, c'est l'écoulement qui s'en fait de Paris dans les cani-

1. Ce décret, rendu sur la proposition de Buzot, était ainsi conçu : « La Convention nationale décrète que la pétition annoncée au nom de" la majorité dés sections de Paris sera entendue; qu'après sa lecture,' les pétitionnaires seront tenus de la signer individuellement et qu'elle sera ensuite renvoyée aux sections, afin que tous les citoyens qui l'ont faite, ou qui y ont donné leur adhésion, soient tenus d'y apposer leur signature individuelle dans leur section respective. ><

Ce renvoi aux sections était aussi maladroit que possible; il prolongeait l'agitation et donnait prétexte mx meneurs de l'Holel de Ville de recueillir de gré ou de force des signatures. Nous verrons, quelques pages plus loin, les moyens de pression qu'ils mirent en usage pour grossir le nombre de leurs prétendus adhérents.

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Source gallica.bnf.fr / Bibliothèque nationale de France

pagnes voisines. J'ai requis le commandant-général de surveiller et d'empêcher celte exportation, de visiter les coches d'eau qui la favorisent, d'arrêter les voilures et charrettes qui l'opèrent ' . »

Ces explications données, la discussion s'ouvre. Fonfrède demande à dire quelques mots sur l'adresse lue par Rousselin. Jamais lé jeune Girondin n'a fait preuve de plus de verve ; jamais il n'a déployé plus d'ironie.

a Si la modestie, dit-il. n'était pas un devoir plutôt qu'une vertu, dans un homme public, je m'offenserais de ce que mon nom n'a pas été inscrit sur la liste honorable qui vient de vous être présentée. »

« Et nous aussi! tous! tous! » s'écrie, en se levant comme un seul homme, l'immense majorité de l'Assemblée.

« Je vois, citoyens, que vous partagez mes sentiments et mes regrets; que vous êtes, comme moi, jaloux d'être signalés pour avoir bien servi la République. D'un autre côté, je rends hommage au zèle éclairé, à la surveillance active qui a dicté la pétition. Qu'il est heureux pour la République que les pétitionnaires et le maire de Paris veuillent bien vous accorder la faveur de vous soumettre à un scrutin épura toi re! Oui, c'est bien là le vœu libre, spontané du peuple. Il est impossible qu'aucune intrigue, pas même la prophétie de Camille Desmoulins, Tait provoquée. Tous les habitants de cette immense cité y ont concouru. Je ne fais nul doute à cet égard.

1. Voir, à cet égard, les détails que nous avons déjà donnés L VI, p. 41.

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