LIVRE XXXVJ
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« Mais je me rappelle que la volonté du peuple ne peut être exprimée que par ses Représentants ou par le Peuple entier. Jusqu'à ce jour, j'ai toujours cru que le Peuple français était composé de vingt-cinq millions d'hommes et que la souveraineté n'existait qu'entre eux tous ; j'ai cru que ceux-là qui voudraient mettre leur volonté à la place du peuple tout entier n'é- . taient que des tyrans et des usurpateurs. Les pétitionnaires sont, j'en suis certain, pleins de respect pour les droits du Peuple ; mais il ne faut pas confondre le droit de pétition avec l'expression de la souveraineté. Le premier est individuel ; il est à chacun et à tous. L'autre n'appartient qu'au Peuple tout entier. Les individus, les sections, les sociétés populaires, font des pétitions; le Peuple entier commande, ordonne ; c'est lui seul qui règne sur vous et sur moi. C'est donc aux assemblées primaires qu'il faut envoyer cette pétition, que je suis le premier à appuyer. Ces assemblées devront se réunir et exprimer aussi leurs vœux. Elles vous demanderont aussi des rappels; peut-être ne vous demanderont-elles pas les mêmes; peut-être les députés que l'on proscrit ici seront-ils ailleurs déclarés dignes de l'estime publique; mais peut-être aussi tous ces rappels contradictoires .seront-ils le signal de la guerre civile. Ce signal, qui l'aura donné? Ce ne sera pas moi, mais bien les pétitionnaires-patriotes dont je développe les idées. On dira que les idées que je vous offre, sans méditation et sans art, sont empreintes de fédéralisme. Mais à qui doit-on adresser ce reproche? A moi ou aux pétitionnaires ?
Source gallica.bnf.fr / Bibliothèque nationale de France
« Je pose ce dilemme aux provocateurs de cette patriotique pétition, à ceux qui l'ont si fastueusement annoncée : Ou les citoyens de Paris ont usé d'un droit légitime et sacré, et alors vous ne pouvez ravir aux citoyens des départements l'exercice de ce droit, ou ils ont voulu attenter à la représentation nationale et usurper les droits du Peuple, et, dans ce dernier cas, vous devez faire, un exemple éclatant de justice et de sévérité. Pour moi, qui révère le droit sacré de pétition, qui ne sais pas sonder les cceurs pour empoisonner les intentions, j'applaudis à la demande des citoyens de Paris, je la convertis en motion, et j'en demande l'examen et l'envoi à son adresse, c'est-à-dire au Peuple. »
Fonfrède venait de faire prompte et bonne justice de la pétition et des pétitionnaires. Le plus sage désormais était d'en rester là, et d'opposer le silence et le mépris aux élucubralions de Chaumette etdeses pareils. Mais Lasource crut que les insolences de l'Hôtel de Ville appelaient une réponse plus péremptoire; le lendemain il proposa le décret suivant :
« Art. i. Les assemblées primaires se réuniront, « dans toute la République, le dimanche 5 mai.
« Art. 2. Il sera envoyé à chaque assemblée pri- « maire des listes imprimées, contenant les noms de « tous les députés qui composent la Convention natio- « nale.
« Art. 3. Chacune des assemblées primaires sera « consultée sur chacun des membres de la Convention « nationale. A cet effet, le président de l'assemblée pri- « maire lira les noms contenus dans la liste, un par un,