‹ Histoire de la Terreur 17921794. T. septièmeChapitre 92 sur 246 · LIVRE XXXVII · texte numérisé non relu

LIVRE XXXVII

pour sauver la liberté. Devons-nous passer deux mois peut-être à rectifier la déclaration des droits? ou convient-il mieux de poser les bases d'un gouvernement républicain et de les faire accepter par le peuple? Aptes avoir fait l'irréparable faute de temporiser pendant six mois, ne commettez pas celle de passer deux mois à des discussions métaphysiques. Si, pendant ce temps, on tentait de vous dissoudre, si l'ennemi venait à envahir votre territoire, vous perdriez peut-être a jamais la République. Déclarez les principes fondamentaux du nouveau gouvernement; présentez-les au peuple; aussitôt toutes les opinions se réunissent, tous les citoyens se rallient et courent aux frontières pour défendre la République. »

Ducos lui répond : « L'ancienne déclaration des droits contient plusieurs principes erronés, notamment celui-ci : Il n'y a de gouvernement libre que celui fondé sur la distinction des pouvoirs. Or cette distinction n'est qu'une chimère accréditée par l'exemple de l'Angleterre. »

Barère insiste également pour une nouvelle déclaration : a L'œuvre de l'Assemblée constituante est concise, mais elle est incohérente; nous n'avions fait que la révolution de la liberté ; depuis nous avons fâit celle de l'égalité. Cette égalité nous l'avons retrouvée sous les débris du trône. Or, s'il est vrai que. nous ayons fait des découvertes dans les droits des hommes, s'il est vrai que nous ayons fait des progrès en liberté, il faut les consacrer dans une nouvelle déclaration. »

La Convention accorde la priorité au projet du co-

mité de Constitution et passe tout de suite à la discussion du premier article.

Condorcet n'avait pas le don de l'improvisation ; aussi, après avoir exposé, dans le rapport dont nous avons donné l'analyse, la pensée du comité de Constitution, il avait abandonné au souple et adroit Barère le soin de défendre article par article l'œuvre qu'il avait présentée.

Avant toute discussion, Pomme, député deCayenne, demande que la Convention reconnaisse l'existence d'un être suprême ; mais Louvet réclame l'ordre du jour motivé sur ce que l'existence de Dieu n'a pas besoin d'être reconnue par la Convention nationale de France.

Les six premiers articles sont adoptés presque sans débat; ils étaient ainsi conçus :

Art. 1er. Les droits de l'homme en société sont l'égalité, la liberté, la sûreté, la propriété, la garantie sociale et la résistance à l'oppression.

Art. 2, L'égalité consiste en ce que chacun puisse jouir des mêmes droits.

Art. 3. La loi est l'expression de la volonté générale. Elle est égale pour tous, soit qu'elle protège, soit qu'elle réprime.

Art. 4. Tous les citoyens sont admissibles à toutes les places, emplois et fondions publiques; les peuples libres ne connaissent d'autres motifs de préférence dans leurs choix que les vertus et les talents.

Art. 5. La liberté consiste à pouvoir faire tout ce qui ne nuit pas à autrui.

Elle repose sur cette maxime : Ne fais pas aux autres ce que tu ne voudrais pas qu'on le fit.

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