LIVRE XXX
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Pendant ce temps, le tribunal révolutionnaire, qui avait été créé par les lois des 9, 10 et 11 mars, s'organisait assez lentement. Le 13, la Convention procéda à l'élection des juges et des jurés. Les choix se firent à de très-faibles majorités. Les .élus obtinrent au plus 180 vois sur 7/i9 membres dont se composait l'Assemblée; il est vrai qu'il y avait un certain nombre de représentants en mission.
Une grande partie des juges et des jurés n'acceptèrent pas les terribles fonctions auxquelles ils étaient appelés; il fallut épuiser la liste des suppléants pour atteindre le chiffre minimum indispensable à la constitution du tribunal. Encore se vit-on obligé d'autoriser le jury à fonctionner au nombre de dix membres seulement.
Le président devait être celui des juges qui obtiendrait le plus de suffrages ; il fallut descendre jusqu'au troisième élu pour trouver une acceptation. Montané. ancien juge de paix dans le département de la Hauter Garonne, fut investi de ce terrible emploi; mais il ne le garda pas longtemps, parce qu'il montra trop de commisération vis-à-vis de certains accusés.
Fou quier-Tîn ville avait été élu, par 163 suffrages, premier adjoint à l'accusateur public. Sur le refus d'un personnage assez obscur, nommé Faure1, qui avait
1. Faure était substitut de l'accusateur public près le tribunal
obtenu un plus grand nombre de voix, il devint immédiatement le chef du parquet. Comme il se garda bien de tomber dans la même faute que Montané, il conserva jusqu'au dernier jour de la Terreur les fonctions qui devaient rendre son nom déplorable ment immortel.
Le greffier en chef était un grand ami de Danton. Il venait de remplir une mission en Belgique et, à cette occasion, il avait demandé l'autorisation de changer son nom de Paris, qui risquait de lui donner un air de parenté avec l'assassin de Lepeletier, en celui de Fabricius qui rappelait le héros romain dont Jean-Jacques Rousseau, le grand inspirateur de la phraséologie révolutionnaire, avait naguère si éloquemment évoqué le souvenir.
En jetant un coup d'oeil sur la liste des autres juges et jurés, on remarque les bizarreries étranges que produit un scrutin de liste, lorsque les votants connaissent à peine de nom ceux qu'ils nomment. Constitutionnels, Girondins, Jacobins s'y rencontrent et s'y coudoient. On y trouve, à côté l'un de l'autre, Feuquières et Fréteau, anciens constituants; Dufriche- Desmadeleines, propre frère de Dufriche-Yalazé, Cabanis, beau-frère de Condorcet ; puis, Jourdeuil, Leroy, Brochet, Duplain et quelques autres coryphées du club Saint-Honoré- Seulement, les premiers ou n'acceptèrent pas ou se retirèrent bientôt; les autres, au contraire,
criminel do Paris pendant la Terreur; il ne voulut accepter aucune fonction politique, mais il siùgca plus tard au Conseil des Cinq-Cenis et au Tribunal.