IV
Déclaration du commandant et des officiers de la corvette ■ la Fauvette.
« Le commandant de l'expédition de la contre-attaque de la Sardaigne étant à bord dans sa chambre, il fut appelé par l'équipage de monter sur la couverte vers les sept heures du malin. 11 me fit appeler1 pour me demander qu'est-ce qu'on voulait, et je lui répondis que l'équipage voulait lui parler, et nous montâmes ensemble. Le commandant de l'expédition demanda a l'équipage qu'est-ce qu'on voulait, et l'équipage répondit qu'il voulait partir.
u Le commandant de l'expédition dit à l'équipage qu'il ne pouvait pas croire qu'ils voulussent laisser ses frères d'armes sur l'île de Santo Stefano, qu'il faisait occuper par la petite armée. On lui répondit hautement qu'on voulait partir, et quelques unes des tètes gâtçes coururent k la voile.
u Le commandant "de' l'expédition, partant de la poupe, parcourant le long de la couverte les larmes aux yeux, conjurait de le jeter à la mer si on ne voulait pas lui faire le plaisir de le débarquer à l'Ile Santo Stefano, qui était là à quatre pas, pour périr, s'il le fallait, avec ses frères d'armes*. . .
« La réponse fut de vouloir partir. Le commandant susdit proposa de lui donner au moins le temps, de six à huit heures, pour ordonner la retraite à la petite armée qui occupait l'Ile de Santo Stefano; car les galères ennemies qui étaient à la vue n'eussent eu qu'à en- profiter.
. « Les matelots suspendirent à cette proposition, et j'en profitai habilement en ordonnant que ceux qui étaient d'avis de restera protéger la retraite se portassent à tribord, et ceux qui étaient de l'avis contraire restassent à bâbord.
■1. h C'est le citoyen Goyctche, commandant la corvette, qui parle. »
2. « 11 fat inîccssaire que le commandant de l'expédition pratiquât de la prudence pour éviter des dangers et pour se mettre à l'abri des funestes inconvénients. »
Source gallica.bnf.fr / Bibliothèque nationale de France
NOTES
« Je fus secondé par plusieurs citoyens d'honneur de mon bord qui, égalementavec les larmes aux yeux, criaient à l'équipage qu'il fallait adopter ce parti.
« La grande majorité se porta à tribord, ce qui marquait Ja décision d'attendre pour protéger la retraite, et une partie, qui était d'avis contraire, resta à bâbord.
« Le commandant de l'expédition profita du moment et dicta l'ordre de retraite aux troupes1 ; lequel ordre fut lu hautement et remis entre les mains d'un officier de mon bord, pour le remettre sur l'île de Santo Stefano au citoyen Quenza," lieutenant-colonel commandant sous ses ordres.
« Le canot partit avec la lettre, et, après s'être éloigné de la corvette, il retourna. Je vis alors que quelques lâches de matelots, qui avaient prétendu de se faire un mérite en s'otïrant , d'aller les premiers pour effacer l'idée qui était parmi eux, et qui avait excité l'équipage à demander à partir, n'avaient pas eu le courage d'aller, et ils retournèrent encore. J'en fis partir d'autres qui furent faire le service.
« Golpho Santa-Maiiza, le 28 février 1703, 2U de la République françoise, an bort) de la corvette la Faueelle.
Goïetche, commandant de la Fauvette; Pierhe- Louis Doc.v, officier; A. Langevik, lieutenant de détail; Jeak-Frakçois Pilon, officier; Baitiste Fabue, officier; Premovemce, chirurgien; Dulieu, commandant le 15e régiment; Bleschamps, sous-chef; Roaux, maître; Henm, contre-maître. «
I. « Cet acte politique fut rendu pour ne pas encourager l'ennemi, et pour que la petite armée campée sur nie de Santo Stefano no fût sa vie-
il, 2
Déclaration des officiers des différents corps de l'armée.
« Les officiers des différents corps qui composent votre . armée, citoyen commandant, avaient vu avec étonnement l'ordre que vous aviez donné de la retraite dans un moment où les troupes étaient pleines d'espoir de la victoire. Ils voient aujourd'hui avec indignation la trame qui vous a obligé à le dicter. Ils espèrent que vous vous empresserez pour en faire punir les auteurs. Ils se félicitent de devoir toujours conserver de votre zèle et de votre patriotisme l'opinion qu'ils ont toujours eue.
« Bonifacio, le 28 février 1793, S" do la République.
« Ortolli de Tallaîjo, capitaine; Gunwcci, capitaine; Peretti, capitaine de grenadiers; Garni elli, capitaine'; Bonelli, capitaine; Ortoli de Sarteke, capitaine ; Peretti d'Olmetto, capitaine-, Pietri, capitaine; Gocliemi, capitaine; Taveiu, capitaine; Ottavi, capitaine; Peraldi, capitaine ; Pakattieri, lieutenant ; Ciacalm, lieutenant; Ambrosini, lieutenant; Peraldi de Zicavo, lieutenant; Leokardi, lieutenant; Rebulli, lieutenant; Ortoli, lieutenant; Quekza, lieutenant; Pandolfi, lieutenant; Pietri, liertenant ; Giuseppe Qijilichim, lieutenant ; Antonio Padero Pietri, lieutenant; Robaglia, quartiermaître; Peretti, adjudant-major ;Buonaparte; Qcenza, commandant le 2* bataillon. «
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NOTES
Déclaration des ofliciersÉu 52° régiment â'info.p.lsriôprès&ntèe au commandant de l'expédition.
« Les officiers du 52e régiment d'infanterie, qui se sont trouvés sous vos ordres à l'expédition de la Magdelaine, ont examiné de nouveau, avec la plus scrupuleuse attention, citoyen commandant, l'exposé par écrit de ce qui se passa le 25 du mois de février à bord de la corvette la Fauvette, signé par les officiers de ce bord ; ils avaient eu hier l'honneur de vous présenter à ce sujet le résultat de leurs plus mûres réflexions ; et ce résultat était tel que le leur avaient dicté le sentiment de l'honneur qui les anime et leur amour pour la justice et la vérité.
« Ils avaient vu avec un sentiment pénible et une sorte d'étonnement l'ordre de la retraite, qui leur avait été transmis de votre part au moment où tous les officiers et soldats étaient pleins de l'espoir de la victoire; nous croyons à présent que les circonstances où vous vous êtes trouvé peuvent justifier votre conduite dans ce moment de crise. Veuillez être persuadé qu'ils mettront au rang de leurs devoirs les pins sacrés de rendre dans tous les temps hommage à la vérité, d'éclairer ceux qu'on aurait pu égarer sur la nature de vos intentions, et qu'ils se félicitent de pouvoir conserver de votre zèle et de votre patriotisme l'idée qu'ils ont toujours eue.
« A Bonifacio, le 1" mars 1793, 2* de la République. . .
« Ricard, capitaine-, Délace ; Ledoïen; . Husouin, lieutenant; Petbicoki, sous-lieutenant; danos. »
Il nous paraît superflu d'indiquer point par point tout ce que ces certificats présentent entre eux de contradictoire. (Sous ne relèverons qu'un seul fait, parce qu'il porte sur la partie la plus essentielle du pécit. Goyelche et ses officiers de marine
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attestent dans leur certificat que la révolte de l'équipage de la Fatwetle éclata lorsque Cesari Colonna était a bord ; celui-ci, au contraire, déclare qu'il ne s'y rendit que pour apaiser une insubordination qui était déjà complète. Il y a là une contradiction flagrante. Une autre remarque est à faire sur la pièce ii0 V. Quoiqu'elle soit donnée comme émanant des officiers des, différents corps de l'armée, elle n'est signée que par les ofliciers du bataillon de volontaires corses, en commençant par le grade de capitaine et en finissant par celui de lieutenant. Les deux chefs de bataillon, Quenza et Bonaparte ont signé les derniers; Quenza a accompagné sa signature de la mention de son grade, Bonaparte n'a fait suivre la sienne d'aucune qualification. D'après ces indices, il est bien à croire que le certificat n'a été signé par le futur empereur des François qu'à contrecœur et au dernier moment.
. Nous avons voulu, autant qu'il était en notre pouvoir, vérifier si les ofliciers de terre et de mer, qui ont signé les certilïcals présentés par Paoli et Cesari Colonna, faisaient bien réellement partie de l'expédition de la Magdelaine. Lorsqu'il s'agit d'officiers de grade aussi peu élevé, les vérifications sont difficiles. Cependant nous avons pu nous assurer, en consultant leurs états de service, que Goyetche, commandant la Fauvette, Jean- François Pilon, enseigne de vaisseau, Dulieu, lieutenant ait 15e régiment, faisaient tous trois partie de l'expédition de la Magdelaine. Dulieu était embarqué sur la Fauvette depuis le mois de mars 1792 ; il ne quitta ce bâtiment que le 8 juin 1793 pour retourner, avec le détachement qu'il commandait, rejoindre son régiment. Goyetche mourut en mai 1794, à Saint- Florent (Corse), des. suites d'une maladie contagieuse qui décima, à cette époque, les équipages odes vaisseaux français réfugiés dans cette île après la reprise de Toulon par les troupes conventionnelles.
Cette vérification, quoique partielle, nous a démontré la parfaite authenticité des certificats dont Paoli envoya les copies . au ministre de la guerre. Jls furent signés par ceux dont les noms figurent an bas de la -copie que nous avons retrouvée; mais contiennent-ils la vérité? C'est là la question.
Pour compléter ce qui concerne le général Paoli, pour bien
NOTES
faire connaître les sentiments d'hostilité à peine dissimulée qui l'animaient vis-à-vis de- la Convention et de ses commissaires, avant même qu'un décret ne l'eût mandé à la barre, nous mettons sous les yeux de nos lecteurs la lettre qu'il écrivit au ministre de la guerre un mois après l'envoi des certificats dont nous venons de donner le texte, et au moment même où il apprenait le débarquement en Corse de Salicetti, Delcher et Lacombe-Saint-Michel. C'est déjà presque une déclaration de guerre. .
Paoli, lieutenant général, commandant la 23e division militaire, Au ministre de la guerre.
« Corte (île de Corse), le 8 avril 1795, an 1' de la République.
« Citoyen ministre,
« l'ai l'honneur de vous prévenir que je suis informé de l'arrivée des commissaires de la Convention nationale dans ce. département : ils sont débarqués à Saint-Florent avec le régiment ci-devant Verniandois, qu'ils ont fait passer à Bastia : je n'ai pas eu le bonheur de recevoir de leur part aucune communication.
« Le bruit s'est répandu que des personnes très-accrédilées auprès d'eux menacent dlexciter en Corse des troubles et des désastres; le peuple de ce département, fidèle à ses promesses, est invinciblement attaché! la République; mais, toujours irréconciliable avec le despotisme et l'arbitraire, il voit avec inquiétude les abus d'autorité.
«■ Si les commissaires veulent le bien, il ne dépend que d'eux; au contraire, si, trompés par des faux rapports, ils cherchent à accumuler sur les Corses le poids de l'autorité, et les accabler, certes ils ne peuvent pas se promettre d'obtenir leurs bénédictions,
« Je doute, citoyen ministre, que cette lettre vous parvienne, puisque la correspondance est entièrement soumise à un complot de méchants qui a la force de l'intercepter; mais ma conscience me commande de remplir envers vous un devoir que je vous dois, et comme citoyen et comme subordonné, vi 30
m HISTOIRE ■ DE LA TERREUR.
« Quel que soient les calomnies dont vous êtes obsédés sur le compte des Corses, je prévois un temps où la Convention nationale et le conseil exécutif leur rendront justice, et je me (latte d'obtenir d'eux l'estime qu'on a cherché à altérer par tant des manœuvres insidieuses.
« Le lieutenant général, commandant la 23e division militaire,
u Pasquale de Paoli. »