LIVRE XI
cîenne et de la nouvelle municipalité, mais dans l'aprèsmidi les choses changent de face. A quoi bon dissimuler davantage? le comité de surveillance était prêt.
Quand, à cinq heures, le conseil général rouvre sa séance, ce n'est plus Pétîon, c'est Huguenîn qui préside; c'est Robespierre qui occupe la tribune et dirige les débats. Dans un discours rempli de fiel, le futur dictateur revient sur la réinstallation , selon lui trop hâtivement faite, des anciens administrateurs. « Comment la véritable représentation du peuple de Paris a-t-elle pu céder un instant la place à ces élus d'un régime tombé, qui n'ont été rappelés que par grâce? Avant de leur permettre de reprendre tout ou partie des fonctions administratives qu'ils ont remplies jusques à la glorieuse révolution du 10 août, il fallait les épurer par un scrutin sévère et patriotique. Les membres du bureau municipal qui ont conservé la confiance publique peuvent être maintenus en fonctions; mais il faut chasser de l'Hôtel de Ville, il faut mettre en état d'arrestation, comme suspects au premier chef, ceux qui ont signédes procès-verbaux contre la municipalité à l'occasion du 20 juin, ces Leroux, ces Borie, ces Cahier, ces complices des égorgeurs du peuple. »
Et du geste, Robespierre désigne ïe courageux Cahier qui était à la barre, armé de sa convocation officielle comme d'un sauf-conduit. Ce geste équivalait à un ordre d'arrestation. Cahier est immédiatement appréhendé au corps et emmené à l'Abbaye par ordre du conseil général1.
\ . Nous avons vu, dans le premier volume, la courageuse attitude
soi
Robespierre ne s'arrête pas en si beau chemin. Débarrassé des adversaires qu'il pouvait encore compter dans l'administration municipale, il tonne contre ses ennemis politiques. Il n'a plus à s'inquiéter des constitutionnels ; les uns sont en fuite, les autres viennent d'être jetés dans les prisons; mais Brîssot et les brissotins dominent à l'Assemblée législative; ce sont eux qui ont entrepris de briser la commune et fait rendre le décret du 30 août. Le bilieux, tribun peut donc se venger d'eux en paraissant venger le conseil général, et satisfaire ses haines privées par dévouement à la patrie. Il recommence rémunération, qu'il a déjà faite si souvent depuis vingt jours à la barre de l'Assemblée législative et à, ta tribune du conseil général, des services éclatants que la commune
q lie Cahier avait prise, le 23 juin et Je 6 juillet, devant le conseil général de la commune, à l'occasion de l'attentat du 20 juin. Nous avons raconté, dans le deuxième volume, la conduite énergique de l.-i- Leroux pt de Borie qui, au 40 août , firent aux Suisses et à la garde nationale les réquisitions légales, afin que la force fût repousséc par la force; il en fallait beaucoup moins pour exciter contre eux lo courroux de Robespierre et de ses amis.
J.-J. Leroux et Borie ne purent être arrêtés. Cahier, conduit à l'Abbaye, fut éncrgiqitement réclamé par sa section, qui obtint de le garder à vue dans l'enceinte du lieu de ses séances. Voici a la soumission » que, suivant les expressions mêmes du procès- verbal, les courageux commissaires envoyés pour le sauver furent obligés de signer sur la table môme devant laquelle siégeait Maillard :
« Nous, commissaires de la section de la Grange-Batelière, répondons aux citoyens de leur représenterai. Cahier sous la responsabilité de nos tètes.
Signé : Chamosin, Pineau, Per.xot, Le Guin, Nostby.
• Paris, le 3 septembre 1199. s
Source gallica.bnf.fr / Bibliothèque nationale de France