‹ Histoire de la Terreur 17921794. T. troisièmeChapitre 106 sur 262 · LIVRE XI · texte numérisé non relu

LIVRE XI

toute l'étendue du péril qui menace la capitale , le canon d'alarme sera tiré, le tocsin sonné, la générale battue. Deux officiers municipaux sont à l'instant même choisis par aller prévenir la Législative des mesures prises par la commune. On ne tient pas à la remercier de son dernier décret : car, aux yeux des dictateurs de l'Hôtel de Ville, ce n'est qu'une réparation des infâmes calomnies dont on a osé les abreuver, ce n'est qu'une restitution des pouvoirs qui n'auraient jamais dû leur être contestés ; mais on veut lui persuader qu'en donnant gain de cause à sa rivale elle a sauvé la patrie.

Pendant ce temps, le comité de surveillance s'est assemblé à la mairie; son président, Panis, a compris que l'heure est venue d'exécuter les sinistres desseins conçus depuis plusieurs jours. Il importe de conférer des pouvoirs réguliers à ceux des conjurés qui ne sont pas membres reconnus du comité, bien qu'ils assistent ce jour-là même à ses délibérations ; sans cette précaution , les ordres qu'ils pourraient avoir à donner personnellement risqueraient d'être méconnus par quelques agents subalternes trop soucieux des formes de la légalité.

Il fabrique à l'instant même un arrêté ainsi conçu :

« Nous, soussignés, constitués à la mairie en comité « de police et de surveillance, en vertu d'un arrêté du « conseil général qui porte que l'un de nous, Panis. se « choisira trois collègues pour former avec lui le comité, « avons statué que, vu la crise des circonstances et les « importants travaux auxquels il nous faut vaquer, nous n nous choisissons pour administrateurs adjoints nos six

« concitoyens : Leufant, Guermeur, Leclerc, DufFort, « Marat, l'ami du peuple, Djs Forgues, chef de bureau à « la mairie;

« Lesquels auront avec nous la signature sous notre « inspection, attendu que le tout est sous notre plus grave « responsabilité à nous quatre soussignés.

« Les administrateurs de police et de surveillance, « Pierre Duplain, Pakis, Sergent, Jourdeuil1.

« A la mairie, le % septembre 92, an Ier. »

Le premier acte du comité de surveillance ainsi reconstitué est de préparer des mandats d'amener contre les traîtres, que Robespierre a dénoncés , la veille, du haut de la tribune du conseil général, à savoir: Brîssot, le président de la commission des Vingt et un, Roland, le ministre de l'intérieur, et trente autres députés girondins.

1. Cet arrêté n'est inscrit sur aucun registre, mais l'original en a été providentiellement conservé et se trouve dans les archives de la préfecture de police. Nous l'avons tenu plusieurs foisenlre les mains. Le fac-similé en a été donné dans le deuxième volume de X Histoire des Journées de septembre, par M. Granier de Cassagnac. Tout y révèle le trouble de celui oui t'écrivit et de ceux qui étaient réunis près de l;i lable autour de laquelle, pendant quarante-huit heures, délibérèrent les chefs des assassins.

A chaque ligne il y a des surcharges et des ratures. La rédaction est remplie de contradictions. Ainsi, Panis se déclare autorisé à se choisir trois collègues, et il s'en choisit six! De ces six il en est trois qui ne font partie ni de l'ancien conseil ni du nouveau : Guermcur, Marat, Desforgues.

La signature de Lenfants'y lit très-distinctement, quoique biffée. On s'aperçut après coup qu'il était par trop irrégulier que l'un desadminisiraieurs, nommés par l'arrélé lui-même, signât sa propre nomination.

Source gallica.bnf.fr / Bibliothèque nationale de France

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