LIVRE XL
Au même moment sont expédiés de divers côtés des émissaires chargés de faire adopter par les sections des mesures qui puissent servir de prétexte aux meurtres dont le programme est arrêté d'avance.
Que trois ou quatre sections votent en principe regorgement des prisonniers, cela suffira pour que les organisateurs des massacres puissent prétendre que leur crime a reçu la sanction du peuple.
Le faubourg Poissonnière s'était montré dès longtemps l'un des plus ardents. C'est là que les affidés se rendent d'abord; ils font prendre aux quelques citoyens qui se trouvent dans la salle, qui peut-être y avaient été apostés, cette exécrable délibération, par laquelle la section :
« Considérant les dangers imminents de la patrie et les manoeuvres infernales des prêtres, arrête :
Cette signature biffée prouve de la façon la plus manifeste que ceux que l'on nommait étaient présents, que môme ils étaient déjà entrés en fonctions avant qu'un arrêté illégal leur eût donné môme l'ombre d'un mandat officiel.
Les deux derniers noms, ceux de Ma rat et de Desforgues, sont intercalés au moyen d'un renvoi à la marge. Probablement, tout en se laissant dominer par l'Ami du peuple, les conspirateurs se soudaient peu de l avoir pour collègue et pour chef avoué; ils ne l'avaient pas compris dans l'arrêté primitif. A. ce moment, sans doute, Marat survint, et s'imposa avec son impudence ordinaire.
Desmrgues est qualifié, dans l'arrêté même, do chef de bureau h la mairie, emploi qui paraît incompatible avec la nouvelle fonction dont on l'investit: mais Desforgues était l'ami particulier de Danton (voir les Mémoires si intéressants du comte Miot de Melito). Le ministre révolutionnaire devait tenir à avoir dans le sein du comité de surveillance un homme à lui, qui le tint au courant de tout ce qui pouvait s'y tramer; il fit dire probablement au dernier moment qu'on eût à nommer Desforgues, et on le nomma.
Source gallica.bnf.fr / Bibliothèque nationale de France
« 1° Que tous les prêtres et personnes suspectes, enfermés dans les prisons de Paris, Orléans et autres, seront mis à mort ;
« 2° Que les femmes, enfants des émigrés et personnes qui n'ont pas paru, ni ne se sont montrés citoyens, seront mis sur nne ligne en avant des volontaires qui partent pour les frontières, afin de garantir les braves sansculottes des coups que pourraient porter les ennemis. »
Du faubourg Poissonnière, les affidés du comité de surveillance se répandent dans les autres sections et y arrivent armés du formidable arrêté. Dans beaucoup ils sont éconduits, mais dans d'autres ils trouvent quelque écho- Au Luxembourg, où présidait un révolutionnaire fougueux, Joachim Ceyrat, ils font prendre, avec son assistance, un arrêté encore plus terrible, si cela est possible, que celui du faubourg Poissonnière :
« La motion d'un membre de purger les prisons en faisant couler le sang des détenus de Paris avant de partir, les voix prises, a été adoptée; trois commissaires ont été nommés, Lahire, Lemoine, Richard, pour aller à la ville communiquer ce vœu, afin de pouvoir agir d'une manière uniforme. »
Quant à agir d'une manière uniforme, ce soin regardait le conseil de surveillance, et il n'y manqua pas1.
i. On trouvera à la fin de ce volume une note relative aux délibérations prises par diverses seclions, dans les premiers jours de sep- (embre 4792. et indiquant l'état des registres des quarante-huit circonscriptions parisiennes pour ce qui concerne ce sinistre événement.