‹ Histoire de la Terreur 17921794. T. troisièmeChapitre 108 sur 262 · LIVRE XI · texte numérisé non relu

LIVRE XI

Cependant les commissaires municipaux se sont rendus à l'Assemblée et lui annoncent que toute la population valide est convoquée au Champ-de-Mars. Les représentants du peuple étaient eux-mêmes très-vivement émus des nouvelles désastreuses qu'on ne cessait de recevoir du théâtre de la guerre; les communications avec Verdun étaient coupées, la place pouvait être considérée comme perdue.

A ce même moment Vergniaud monte à la tribune, et, plein d'un noble enthousiasme, s'écrie :

« C'est aujourd'hui que Paris doit se montrer dans toute sa grandeur; s'il se montre comme on vient de l'annoncer, la patrie est sauvée.

« Que les citoyens de celte grande ville renoncent un moment aux pétitions, auxdéâances, aux soupçons; qu'ils s'occupent enfin des ennemis extérieurs, et nous n'avons rien à craindre. Le plan de Brunswick est d'arriver à Paris en laissant derrière lui nos places fortes et même nos armées

« Que nos armées se replient sur lui, que Paris marche au-devant! Alors les hordes étrangères seront dévorées par cette terre souillée de leur présence

« Mais nos ennemis ont un grand moyen sur lequel ils comptent beaucoup, c'est celui des terreurs paniques. Ils sèment l'or, ils envoient des émissaires pour répandre au loin l'alarme et la consternation; et vous le savez, il

est des hommes pétris d'un limon si fangeux qu'ils se décomposent à l'idée du moindre danger.

« II faut que le peuple se mette en garde contre ces désorganisateuvs par système, contre ces exagérateurs qui sèment les fausses alarmes et montrent les dangers où ils ne sont pas . »

Vergniaud est interrompu par les applaudissements les plus vifs. Il félicite la commune de l'énergie qu'elle déploie, mais il ne craint pas de rappeler combien peu l'on a fait de tout ce qu'on a promis, combien peu est avancée la création du camp sous Paris, décrété depuis près de vingt jours, et dont, malgré un grand étalage de zèle et de dévouement, les retranchements sont à peine commencés.

« Où sont, s'écrie l'éloquent député 'de la Gironde, les bêches, les pioches et tous les instruments qui ont élevé l'autel de la fédération etniveléleChamp-de-Mars? Vous avez manifesté une grande ardeur pour les fêtes; sans doute, vous n'en aurez pas moins pour les combats. Vous avez chanté, célébré la liberté , il faut la défendre ; nous n'avons plus à renverser des rois de bronze, mais des rois environnés d'armées puissantes. Il n'est plus temps de discourir, il faut piocher la fosse de nos ennemis, ou chaque pas qu'ils font en avant pioche la nôtre1. »

i. Nous avons pris Jes traits les plus saillants du discours de Vergniaud dans le Moniteur, p. 4 050, et dans le Journal des Débats , n° 3ïl, ]). 22. Ce dernier journal donne delà dernière phrase du discours de Vergniaud la version suivante : Il faut creuser ta fosse de nos ennemis, ou bien le sommeil de Paris nous précipiterait dans la nôtre.

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