‹ Histoire de la Terreur 17921794. T. troisièmeChapitre 116 sur 262 · LIVRE XI · texte numérisé non relu

LIVRE XI

au moment où il apparaît dans la rue, il tombe percé de coups.

Après M. de Montmorin vient le tour de Thierry de Ville-d'Avray, premier valet de chambre de Louis XVF. « Tel maître, tel valet! -» se hâte de dire en ricanant un membre du tribunal ; je demande au président que l'on fasse transférer Monsieur à la Force. » On pousse aussitôt Thierry hors du guichet; il trébuche sur le cadavre de M. de Montmorin, pousse le cri de Vive le roi! et meurt en le répétant à demî-voix.

Mais éloignons-nous un instant de ces scènes d'horreur; sachons ce que vont faire l'Assemblée et la commune en apprenant ce qui se passe.

Sur le théâtre des massacres, à l'Abbaye, il n'a encore paru que deux représentants de l'autorité municipale : Manuel, le procureur-svndic de la commune, et Billaud- Varenne, son substitut.

Manuel a harangué les assassins dans la rue Sainte- Marguerite et les a conjurés d'apporter au milieu des vengeances légitimes qu'ils exercent une certaine justice. Billaud-Varenne est venu dans la cour de l'église de l'Abbaye encourager les travailleurs, leur dire « qu'ils n'avaient pas besoin de voler les coquins d'aristocrates dont ils faisaient justice, car on aurait soin de les payer, comme on en était convenu .avec eux ! »

Mais la démarche de ces organes de la loi est peut-vtre

HÙ HISTOIRE DE LA TERREOR.

tout individuelle ; elle ne saurait être le dernier mot des autorités auxquelles il appartient de sauvegarder la tranquillité publique et l'honneur de la nation. Interrogeons donc les procès-verbaux officiels de l'Assemblée et de la commune. Rien qu'en les suivant servilement, nous y trouverons la plus terrible condamnation que l'histoire puisse prononcer contre ceux qui ne voulurent ou n'osèrent pas se précipiter entre les victimes et les bourreaux.

Le conseil général de la commune reprend sa séance à quatre heures du soir, sous la présidence de Huguenin. Un officier de la garde nationale annonce qu'on a égorgé plusieurs prisonniers pendant leur translation. « La foule, ajoute-t-il, commence à entrer dans les prisons. » Le conseil répond à cette communication en envoyant six commissaires « protéger les détenus pour dettes de mois de nourrîce> ainsi que -pour des causes purement civiles. ï> C'était implicitement abandonner tous les autres prisonniers à la fureur des assassins.

Plus tard, un des membres du conseil vient rendre compte de ce qui se passe à l'Abbaye : « Les citoyens enrôlés, dit-il, craignant de laisser la ville au pouvoir des malveillants, ne veulent point partir que tous les scélérats du 10 août ne soient exterminés, n On se contente de consigner cette nouvelle au procès-verbal, sans prendre aucune mesure. C'était accréditer et consacrer cette rumeur vague que le comité de surveillance avait l'ait répandre dans les masses par ses agents secrets.

Plus tard encore, la commune envoie quatre commissaires « rendre compte à l'Assemblée nationale de ce

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