‹ Histoire de la Terreur 17921794. T. troisièmeChapitre 118 sur 262 · LIVRE XI · texte numérisé non relu

LIVRE XI

Sainl-Louis est seule à l'entendre; lë pouvoir exécutif, au moment même où l'on vient de lui confier des pouvoirs extraordinaires et de prononcer la peine de mort contre tous ceux qui oseraient lui désobéir, n'en continue pas moins à être représenté, dans tout Paris, comnie composé de vils traîtres pactisant avec l'étranger.

Cet incident vidé, l'Assemblée reprend tranquillement son ordre du jour. A lire son procès-verbal, on croirait qu'il ne se passe rien d'extraordinaire dans Paris. C'est seulement deux heures après la réouverture de la séance, six heures après les première meurtres de l'Abbaye et des Carmes, que la nouvelle en est apportée par les délégués de la commune qui annoncent « qu'il se fait des rassemblements autour des prisons, et que le peuple veut en forcer les portes. » Ils prient l'Assemblée de délibérer sur cet objet, en lui faisant observer « que le peuple est à la porte et attend sa décision. » Sur la proposition de Bazire, on se contente d'envoyer des commissaires « pour parler au peuple et rétablir le calme! »

Pendant que les commissaires vont remplir leur mission, le président reyoit une lettre de l'abbé Sicard. L'instituteur des sourds-muets y fait connaître le dévouement du brave Monnot, qui lui a -sauvé la vie. L'Assemblée nationale, un moment émue, ordonne l'impression de la lettre avec une mention honorable au procès-verbal, et déclare que le citoyen Monnot a bien mérité de la patrie. Satisfaite de ce vain décret qui assure la gloire d'un honnête homme, mais qui aurait dû aussi apprendre aux représentants du peuple quel exemple ils avaient eux-mêmes à suivre, elle reprend le cours de ses

244 HISTOIRE DE LA. TEKREUlt.

délibérations, sans même se préoccuper de la mise en liberté immédiate de l'abbé Sicard 4.

Les commissaires sont de retour après une absence de deux heures environ. L'un d'eux, qui a été au Temple, rapporte qu'il ne s'y est manifesté aucun mouvement extraordinaire. Au nom des autres, le vieux Dussault prend la parole : « Les députés, raconte-t-il , ont reçu , sur leur passage et aux environs de l'Abbaye, les témoignages de la confiance populaire; mais, arrivés sur le seuil de la prison, ils ont vainement essayé de se faire entendre. L'un d'eux, Audrein, a même été grandement exposé à cause du costume ecclésiastique qu'il portait. Les commissaires ont dû se retirer* ils ne peuvent rassurer l'Assemblée sur les suites de ce malheureux événement2. »

Dussault, d'après le Moniteur, termine sou récit par cette phrase tristement significative : — « Les ténèbres ne nous ont pas permis de voir ce qui se passait. » C'est-à-dire que les représentants du peuple n'avaient pas voulu voir le sang qui ruisselait sous leurs pieds, qu'ils

4. Le décret de l'Assemblée n'ordonnait pas d'une manière péremploire la mise en liberté de Sicard. Aussi, ce respectable ecclésiastique fut-il retenu prisonnier dans une petite pièce attenant à la salle du comité civil des Qualre-Nations. Il y resta trente-six lieures, depuis le milieu de la nuit du 2 au 3 jusqu'au 4 septembre. H entendit massacrer dans la cour de l'église de l'Abbaye les malheureux prêtres qu'on y amenait. Ce ne fut que le 4, sur une nouvelle lettre écrite par lui, que 3131. de Pasloret, Hérault de Séclielles et Itomme firent prendre par le comité d'instruction publique un arrêté formel de mise en liberté.

Page 1