‹ Histoire de la Terreur 17921794. T. troisièmeChapitre 119 sur 262 · Journal des Débais el Décris, p. 33 et 34, n · texte numérisé non relu

Journal des Débais el Décris, p. 33 et 34, n

Source gallica.bnf.fr / Bibliothèque nationale de France

n'avaient pas voulu entendre les cris des victimes qu'on égorgeait à quelques pas d'eux4.

L'Assemblée courbe la tête et passe à l'ordre du jour. Elle entend et adopte la rédaction des décrets rendus

J. Suivant le récit de Louvet, qui déclare tenir le fait de Dussault lui-même, il parait qu'à l'instant où le traducteur de Juvénal haranguait les assassins, l'un d'eus lui dit : a; Monsieur, vous m'avez l'air d'être un brave homme, mais rangez-vous donc! II y en a derrière vous, deux que vous nous empêchez de tuer depuis un quart d'heure, et après eux nous en aurions déjà expédié vingt! »

Nous avons trouvé une lettre confidentielle et non achevée de Bazire,. qui avait été un des commissaires de l'Assemblée; quoiqu'elle ne soit en grande partie qu'un spécimen de la phraséologie sentimentale si fort de mode à cette époque, elle nous a paru assez curieuse pour être reproduite ici :

e Ma chère amie, si quelque chose peut me consoler de ne pas vous voir, c'est de penser que vos beaux yeux n'ont pas été souillés des tableaux hideux dont nous avons eu tous ces jours-ci le spectacle déchirant. Mirabeau disait : Rien de plus épouvantable et de plus révoltant dans ses détails qu'une révolution, rien de plus beau dans ses conséquences pour la régénération des empires. Cela peut être, mais comme il faut du courage pour être homme d'État et conserver une tète froide dans de pareils bouleversements et dans des crises aussi terribles! Vous connaissez mon cœur, jugez de la situation de mon àme cE de l'horreur de ma position 1 II faut que l'homme sensible s'enveloppe la tête de son manteau et qu'il se précipite à travers les cadavres pour s'enfermer dans le temple de la loi et n'envisager que lu masse. C'est ainsi que toujours je veux m'arracher du théâtre des massacres et que l'Assemblée, dans la vue d'apaiser les furieux, comptant sur l'intérêt que doivent exciter ma jeunesse et quelque peu de popularité me renvoie au milieu d'eux et ne pense pas que l'humanité, dont elle me constitue l'organe, devient mon propre bourreau.

« Écoutez le récit do ce que j'ai vu, et croyez que je vous épargne encore bien des détails pour ne pas abuser de votre sensibilité et parce qu'il me répugne de les retracer. Hier au soir, des membres du conseil

dans la journée, reçoit des dons patriotiques, écoute des pétitions, une entre autres, dans laquelle un citoyen propose de décerner des honneurs publics aux citoyens illustres qui méritent bien de la patrie, tels que les Danton, les Manuel1. Ce pétitionnaire candide choisissait bien son moment!

Enfin, à onze heures du soir, l'Assemblée, ainsi que la commune vient de le faire, suspend sa séance; pour maintenir la permanence qui n'a pas cessé depuis le 40 août, elle laisse, comme dans les nuits ordinaires, une commission de quelques représentants.

Dans la soirée du dimanche 2 septembre, toutes les autorités qui avaient en main le pouvoir exécutif, maire, ministres, commandant de la force armée, présidents de

général de la commune do Paris annoncent à l'Assemblée que le peuple s'est porté sur les prisons et qu'il égorge les détenus. Je suis aussitôt nommé commissaire avec cinq de mes collègues pour lui porter des paroles de paix. Nous partons, quelquesamisme peignent l'état actuel des choses devant la prison de l'abbaye de Saint-Germain. Je précipitais mes pas, je gémissais de la lenteur de notre corlége ; nous arrivons. La porte de la prison donne sur une rue longue et étroite que l'on appelle la rue Sain te- Marguerite, les maisons en sont très-hautes, il y /ait nuit beaucoup plus tôt que partout ailleurs. Alors il y régnait une obscurité profonde à laquelle on n'avait opposé que la lueur sépulcrale de quelques flambeaux et de plusieurs chandelles qui se trouvaient placées sur les croisées... »

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